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Reportage

Vente de meubles: peu de clients toquent aux portes des menuisiers du canal 4

Vente de meubles: peu de clients toquent aux portes des menuisiers du canal 4
Source: CESTI INFO
Au boulevard longeant le canal 4 de la Gueule-Tapée, des menuisiers y vendent des meubles depuis quelques années. Malgré la qualité des matériaux utilisés, les prix abordables et le professionnalisme des artisans dans la confection, la clientèle est aux abonnés absents.

Sur l’avenue Cheikh Anta Diop, en allant vers Soumbédioune, un soleil au zénith illumine et éblouit les rares passants qui arpentent le chemin du boulevard longeant l’allée du canal 4 de Fass Gueule-Tapée à ce moment de la journée. Jusqu’au centre de formation artisanale, en passant par la zone occupée par les fleuristes, des gens se réfugient sous les arbres clairsemés le long de la route. Le peu d’ombre offert par le feuillage leur sert de parasol. Sur le côté droit de cette allée, à hauteur du centre précité, des tentes abritant des meubles de tout genre décorent les lieux.

   De loin, la luisance du vernis appliqué sur les meubles, sous l’effet des rayons du soleil, attire l’attention. À y regarder de plus près, des armoires de toutes sortes sont entreposées sous des tentes de fortune, adossées au mur du canal. À l’extrémité du trottoir, des lits, des fauteuils de salon, de toutes les couleurs et de différentes matières (cuir, simili-cuir, daim, et autres), sont enveloppés de toile pour les protéger contre la poussière. Un homme élancé, de la trentaine d’années, est maître des lieux.

  Baye Ndiaga Fall se nomme-t-il. Interrogé sur la question des ventes, il relativise. « On reçoit peu de clients, mais on rend grâce à Dieu. La vente des meubles ne se fait pas tous les jours comme les denrées de première nécessité», se résigne le sieur Fall, sur un ton désolant. Un désarroi qui se lit sur le visage de la plupart de ses collègues vendeurs. Le long du trottoir, ces commerçants sont assis pêle-mêle devant leur tente respective, à ne rien faire. Téléphone en main et les yeux rivés sur les écrans, ils attendent désespérément une clientèle aux abonnés absents. En témoigne un vendeur qui interpelle, à la limite agresse, les passants afin de les inciter à venir jeter un coup d’œil à ses meubles.

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Une clientèle aux abonnés absents

  Sous sa tente translucide du fait de sa vétusté, les rayons du soleil atterrissent sur les meubles qu’il expose. Des lits en bois avec différents ornements y sont exhibés. Au toucher, on peut se faire une idée du professionnalisme des artisans à travers la qualité du produit fini. Parmi ces professionnels, Ameth Niane, le propriétaire des meubles de cette tente. L’homme, habillé d’une chemise bleue assortie à son pantalon en jean, fait des allers-retours incessants pour trouver de potentiels acheteurs. « Les clients manquent à l’appel. C’est la raison pour laquelle j’intercepte les personnes pour les inviter à venir regarder nos beaux meubles », explique M. Niane qui, visiblement, ne veut pas, à l’image de ses collègues, attendre tranquillement la venue de potentiels acheteurs.

   La rareté des clients s’explique par la conjoncture et l’inflation. Selon certains vendeurs, il peut s’écouler des mois sans qu’il y ait une seule chaise vendue. Et pourtant les prix sont abordables, malgré le coût élevé de la production du fait de la cherté des matériaux. « Nous vendons nos produits à des prix dérisoires. Par exemple, les fauteuils de salon peuvent coûter entre 250 000 et 500 000 francs CFA », explique Pape Cheikh (nom d’emprunt), un vendeur de meubles de salon.

   Son collègue, Badou Laye, coordonnateur du mouvement des exposants et artisans du Canal 4, abonde dans le même sens que son voisin de palier. Dans les grands magasins de vente d’ameublement de Dakar, lieux très prisés des Sénégalais, les prix affichés dépassent de loin ceux appliqués par les meubliers du Canal 4. « Les Sénégalais sont des complexés, ils préfèrent acheter des meubles importés, de mauvaise qualité à des prix exorbitants, alors que s’ils viennent ici, ils peuvent trouver des produits de meilleure qualité et adaptés à leur bourse », fustige le porte-parole des menuisiers-artisans.

  Concernant la qualité des meubles vendus, l’artisan-menuisier assure que le bois utilisé est meilleur que celui des meubles importés. « Nous vendons des meubles de qualité faits avec du bois de limba communément appelé le fraké. », détaille Badou Laye. « On l’utilise le plus souvent pour la confection des fauteuils de salon, car il est très résistant. Et acheter chez nous, c’est un moyen efficace de soutenir l’artisanat », renchérit-il avec beaucoup de fierté.

Un canal qui fausse compagnie

   Les commerçants de la localité insinuent que l’absence de clients peut s’expliquer, aussi, par l’insalubrité aux alentours du canal. Une odeur fétide s’y échappe et titille les narines. Un nœud gordien dont les menuisiers peinent à se défaire malgré moult sollicitations auprès des autorités. Une situation qui ne satisfait guère les artisans. Selon Vieux Seck, un vendeur de tables à manger et autres meubles, les autorités leur ont fait beaucoup de promesses alors qu’ils ont besoin concrètement d’un nouveau site de recasement.

  « Vous sentez cette odeur pestilentielle. Elle fait fuir de potentiels acheteurs. Et pourtant, nous avons interpellé les autorités compétentes, tenu plusieurs réunions sur la question du canal et, voyez par vous-même, rien est fait jusqu’à présent. Nous sommes toujours là », peste M. Seck, le visage renfrogné. « Nous avons besoin d’un endroit plus convenable et accueillant pour exposer nos meubles », conclut le sexagénaire avant de se mettre à dépoussiérer une des tables à manger.

  Cependant, cela n’empêche pas ces commerçants de s’activer dans la formation et l’insertion de jeunes apprentis. L’un d’eux, Momar, un jeune homme d’à peine vingt ans, trouvé dans un atelier dans la pénombre, coupe et coud les tissus destinés à recouvrir les meubles déjà fabriqués sur commande par les menuisiers. À l’intérieur, c’est un capharnaüm. Des tissus, du bois, de la colle, des marteaux, des ciseaux, des éponges, des tables, des chaises sont visibles partout. Dans ce bric-à-brac, sa détermination reste infaillible. Il travaille hardiment. « J’ai été formé par le président du mouvement des exposants et artisans du canal 4 depuis mon adolescence. Maintenant, je travaille librement et gagne ma vie convenablement », affirme sourire aux lèvres Momar, penché sur sa machine à coudre.

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Adama Mohamed Ben Aly Dieme

Adama Mohamed Ben Aly Dieme

Presse Ecrite

Etudiant en journalisme au CESTI

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