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Mamadou Thioye, président de l’ASFO : « Nous avons redonné de l’espoir à des milliers de personnes »

Mamadou Thioye, président de l’ASFO :  « Nous avons redonné de l’espoir à des milliers de personnes »
Source: CESTI INFO
Depuis 25 ans, l’Action Sanitaire pour le Fouta (ASFO) œuvre sans relâche pour apporter des soins de santé aux populations les plus reculées du Fouta, qui peinent à accéder à des services de qualité en raison du manque d’infrastructures. Portée par une génération de jeunes médecins engagés, l’association est devenue un véritable défenseur de la santé pour tous. Chaque année, elle organise une grande campagne sanitaire dans plusieurs villages sélectionnés, suite à un appel à candidature, mobilisant d’importants moyens financiers et logistiques. Dans cet entretien, son président aborde les missions, les défis et les ambitions de la structure.

Pour commencer, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’est l’ASFO et pourquoi elle a été créée ?

L’Action Sanitaire pour le Fouta (ASFO) est une association médico-sociale humanitaire fondée en 2000 par de jeunes médecins originaires du Fouta. Conscients des difficultés d’accès aux soins dans cette zone, ils ont voulu contribuer à améliorer la santé des populations à travers des actions concrètes, volontaires et désintéressées. Depuis, l’ASFO n’a cessé d’évoluer, grandir, et accroître son impact au service du Fouta et du Sénégal en général.

Qui peut faire partie de l’ASFO ? Est-ce ouvert uniquement aux étudiants en médecine ou à d’autres profils ?

Contrairement à une idée reçue, l’ASFO n’est pas uniquement réservée aux professionnels de la santé. Toute personne partageant notre mission et prête à respecter nos engagements (respect du statut et règlement intérieur, achat de carte de membre, cotisation annuelle) est la bienvenue. Des membres issus d'autres secteurs telle que la communication (journalistes), finance (banquier) ont même occupé des postes de responsabilité au sein du bureau. Si vous êtes prêt à servir le Fouta, l’ASFO vous accueille à bras ouverts.

Comment l’association fonctionne-t-elle au quotidien ? Est-ce qu’il y a une équipe, des antennes, une organisation précise ?

L’ASFO fonctionne conformément à des textes officiels : statuts et règlement intérieur. Elle est dirigée par un bureau exécutif élu chaque année lors de l’assemblée générale. Le bureau est composé de plusieurs commissions : la commission plan et logistique qui gère l’organisation des campagnes et extrats campagnes de l’ASFO, la commission scientifique qui gère la formation (panels, ateliers, journées scientifiques) et la sensibilisation, la commission chargée des relations extérieurs pour la recherche de partenaire et de bailleurs, la commission des finances, la commission presse et information qui gère la partie médiatique et la communication de l’ASFO et la commission médico-sociale qui gère le sociale et le suivi des patients après les campagnes. Ce bureau élabore une feuille de route annuelle dont la mise en œuvre implique activement l’ensemble des membres. Nous avons également entamé une extension (création de nouvelles sections de l’ASFO) vers d’autres universités : après l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, les autres UFR de santé du pays suivront bientôt.

 Chaque année, vous organisez des campagnes médicales dans le Fouta. Comment choisissez-vous les villages concernés ?

La grande campagne médicale est l’activité phare de l’ASFO. Elle consiste en des tournées de consultations gratuites, accompagnées de dons de médicaments, de dépistages et de sensibilisations. Pour sélectionner les villages, nous lançons un appel à candidature pendant un mois. Les villages intéressés déposent leur dossier, puis passent un entretien d’évaluation. Apres cela, nous choisissons un nombre raisonnable sur la base de critères bien définis et à la hauteur de nos moyens pour des campagnes de qualité.

Quelles sont les spécialités médicales que vous proposez lors de ces tournées ? Est-ce que vous pouvez donner quelques exemples concrets ?

Le Fouta est une zone marquée par un manque d’infrastructures sanitaires et de spécialistes. Nos campagnes répondent à ce vide. Nous proposons entre autres : médecine générale, pédiatrie, gériatrie, gynécologie, chirurgie dentaire, ophtalmologie, dermatologie, psychiatrie (récente), ainsi que la biologie, échographies, radiographies et circoncisions. L’objectif est une prise en charge complète, même en milieu reculé.

 En dehors des soins, est-ce que vous menez aussi des activités de sensibilisation ou de formation ?

Absolument. La sensibilisation et la formation sont au cœur de notre démarche. Notre commission scientifique organise chaque année plusieurs activités : enseignements post-universitaires (EPU), panels, ateliers, et bientôt la deuxième édition des Journées scientifiques de l’ASFO. Ce sera l’occasion de faire le bilan de nos 25 ans d’existence et de réfléchir collectivement à l’avenir de la santé en milieu rural.

Organiser une telle campagne, ce n’est sûrement pas simple. Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez sur le terrain ?

Les campagnes nécessitent d’importants moyens logistiques et financiers. Médicaments, transports, hébergement, restauration, matériel médical… Tout cela coûte cher. Notre principal défi est de trouver des moyens de financement plus efficaces au bénéfice de la population.  En effet, actuellement on se débrouille avec nos cotisations annuelles et l'aide de quelques bonnes volontés et partenaires que nous remercions de passage. Nous ambitionnons d'innover par le renforcement de l'efficacité de nos interventions et d'assurer le suivi des cas nécessiteux en post campagne. La commission médico-sociale fait un travail remarquable en ce sens avec les moyens de bord.

 Comment l’association trouve-t-elle les moyens financiers et logistiques pour mener à bien ces actions ? Est-ce que vous avez des partenaires ?

Notre première source de financement est la cotisation des membres : plus de 600 personnes cotisent annuellement selon le niveau d’étude et leurs statut professionnel. Ensuite, nous bénéficions du soutien de bonnes volontés, notamment dans la diaspora, qui lance souvent une cagnotte pour appuyer l’organisation de la campagne. Nous collaborons aussi avec le ministère de la Santé, la SEN-PNA, SEN ASSO …, et restons ouverts à tout partenariat souhaitant appuyer notre mission.

Comment les populations accueillent-elles ces campagnes ? Avez-vous des retours qui vous ont marqué ?

L’accueil est exceptionnel. Ce qui nous touche, ce sont les témoignages, les prières, les larmes de gratitude, les sourires d’espoir. Ces réactions sincères donnent tout son sens à notre engagement. Pour beaucoup, nous représentons l’unique accès à des soins de qualité. C’est notre devoir de rendre à nos parents ce qu’ils nous ont donné.

Selon vous, quel est l’impact le plus fort que l’ASFO a eu depuis sa création ?

L’ASFO a eu un triple impact : humain, scientifique et social. Nous avons formé des générations de leaders : professeurs, médecins, chercheurs, directeurs d’institutions. Nous avons bâti une communauté fraternelle, solidaire, unie par les valeurs du service et du don de soi. Et surtout, nous avons redonné de l’espoir à des milliers de personnes. Rendre la santé accessible, c’est changer des vies.

Quels sont vos projets ou ambitions pour les années à venir ? Est-ce que de nouvelles idées sont en préparation ?

Oui, nous avons de grandes ambitions ! Nous voulons acquérir un siège social digne de ce nom, pour ancrer davantage l’institution. Nous préparons aussi la transformation de l’ASFO en ONG, afin d’élargir nos actions et d’attirer davantage de partenaires. Notre site web est en finalisation. Nous voulons faire grandir l’ASFO tout en restant fidèles à notre mission.

Pour finir, comment peut-on soutenir l’ASFO ou rejoindre votre équipe, que ce soit comme étudiant, professionnel ou même bénévole ?

Pour nous rejoindre, il suffit de contacter un membre du bureau, obtenir sa carte et s’impliquer. Que vous soyez étudiant, professionnel ou simplement motivé à servir, l’ASFO vous ouvre ses portes.

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Thierno Abdourahmane Ba

Thierno Abdourahmane Ba

Presse Ecrite

Journaliste

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