Au couloir de la mort, les étudiants pressent le pas. Ceux qui sortent du campus pédagogique de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines (FLSH) et ceux qui viennent du côté opposé se rencontrent devant le portail menant au campus social.
Les agents de sécurité surveillent scrupuleusement l'identification des cartes COUD (Centre des Œuvres universitaires de Dakar), qui donnent accès aux lieux. Il est 12 heures, la zone de logement des étudiants grouille de monde.
Les mouvements de foule sont nombreux vers des directions différentes. Certains rejoignent leur pavillon tandis que d'autres se ruent vers les restaurants. Voilà justement qu’on aperçoit le Restaurant Self situé à quelques mètres du terrain sablonneux de l'université. Il est très prisé en cette période. Des queues serrées, malgré la chaleur ambiante, se forment devant les deux entrées principales. La détermination se lie sur le visage des étudiants.
Petit à petit les rangs se desserrent. Mais l'affluence continue d'augmenter. Avant d'accéder à l'intérieur il faut impérativement un ticket et la carte COUD pour les besoins de l'identification. Une fois à l'intérieur de ce restaurant rénové, le cadre est très convivial. Toutes les tables sont occupées par les étudiants qui luttent contre la faim. Ceux qui n'ont pas de places sont obligés d’attendre que quelqu'un libère un siège.
Riz à la viande de bœuf, de mouton et du poulet accompagné de sauce, est au menu du jour. Manger sans bruit n’est guère possible au Restaurant Self. Le brouhaha agresse les tympans des occupants, car les discussions vont dans toutes les directions.
Ce bruit associé à celui des plats en métal qui se touchent, provoquent une nuisance sonore inouïe. De temps en temps des étudiants qui ont fini d'assouvir leur faim, cèdent leur place à ceux qui étaient restés debout. La majeure partie des étudiants arrivent à terminer leurs plats, d'autres même ayant déjà fini avec leurs assiettes guettent les autres plats où il y a quelque relief.
C'est le cas de Fedior, un étudiant en licence 2 en LEA (Langue étrangère appliquée). Habillé en chemise blanche associée d'un pantalon kaki, il déguste tranquillement le plat d'un autre étudiant qui ne semble pas aimer le menu du jour.
« Quand je ne suis pas rassasié, je pique dans les assiettes des autres jusqu'à ce que mon ventre soit bien rempli », explique-t-il d'un ton jovial. Fedior trouve que les plats servis sont acceptables et à la portée des étudiants. « Je pense que ce que nous consommons est mangeable. Car tous les étudiants qui logent au campus se restaurent ici et ils se plaignent rarement à ce que je sache », indique-t-il. Ainsi après s'être gavé avec deux plats de riz, il prend la direction de la sortie, le ventre bien rempli.
De l'autre côté de la table, est assise une jeune fille. Elle semble manger timidement, en montrant des signes de lassitude sur son visage. Et son plat est loin d'être fini. Elle est vêtue d’une robe moulante de couleur rouge, elle a la mine froissée.
« Je suis nouvelle bachelière et je n'ai pas encore pris goût au repas servis ici », déclare Soukeye, étudiante en première année au département de Philosophie. « En tant que nouvelle bachelière, je n’ai pas encore de bourse. Je suis obligée de manger ces plats qui ne sont pas bien épicés. C'est comme si, ici on prépare des repas pour des malades », affirme-t-elle l'air dépité. Puis elle quitte la table laissant sur place son plat de riz à la viande de poulet.
Des goûts qui divergent
Il est 12 heures passé de quelques minutes, le Restaurant Argentin qui ne prépare jamais de plats … argentins accueille aussi du monde. Mais comparé à Self, l'affluence n'est pas importante. Le mafé est au menu. Les étudiants qui raffolent de ce plat composé de riz blanc et de sauce à base de pâte d'arachide, ont pris rendez-vous dans ce restaurant, qui est l'un des plus modernes de toute l'université. Les entrées sont fluides à la porte principale et à la deuxième aussi.
À côté du restaurant, l'odeur enivrante du mafé titille les narines des étudiants. A la porte de sortie l'affluence est plus vive, du fait de la présence de vendeurs de jus, de café, de thé et d'eau glacée. Des produits censés permettre aux étudiants de bien digérer.
Un groupe d'étudiants engagés dans une discussion vivante sous un arbre attire les regards. Abou, originaire de Fatick est étudiant en master 1 en Droit privé, ne semble pas avoir aimé le plat du jour qu'il a mangé malgré lui. « Aujourd'hui ce qu'on a préparé n'est pas du tout bon. On nous a servi du mafé avec du poisson, ce qui ne donne pas un goût agréable à ce plat, qui doit-être accompagné avec de la viande », clame-t-il d’un ton rempli de dépit. L'homme chevelu de teint clair habillé en gandoura ajoute : « ils doivent essayer d'améliorer ce qu'ils préparent, car ce n'est pas évident de manger ce genre de plats qui manquent totalement de saveur », lâche-t-il avant de continuer à siroter son jus d’oseille.
La discussion animée du groupe d'étudiants bat son plein et le ton monte. Massamba donne son avis sur la qualité les repas servis aux étudiants par le restaurant Argentin. « Selon moi, ce que ce restaurant prépare est bon et mangeable, même si d'autres trouvent que tel n'est pas le cas. En toute honnêteté, j'en raffole », témoigne-t-il.
Pourtant, il fait remarquer que « parfois on note une mauvaise qualité de cuisson des aliments. Ils doivent faire preuve de vigilance pour bien cuire les viandes et le riz sinon ça peut nous donner des problèmes gastriques », suggère Massamba, en reprenant dans la foulée sa place dans la discussion qui est loin de connaître son épilogue.
Central, la vedette
Petit à petit le Restaurant Argentin se vide de son monde. A la grande joie des vendeurs de rafraichissements qui se frottent les mains. De l'autre côté, tout près du pavillon A se trouve le fameux Restaurant Central. Tout comme Self, Central a fait peau neuve durant la fermeture de l'UCAD.
Ainsi les conditions d'accueil des étudiants y ont été améliorées de fond en comble. Il est 13 heures passé de quelques minutes, soit quelques instants avant la fermeture des restaurants. Mais, ce restaurant, l’un des plus anciens de l'UCAD continue d'accueillir de nouveaux étudiants venus manger.
Tout près des rangs, on en aperçoit qui achètent des épices et du citron pour mieux assaisonner leurs plats. Dans ce restaurant l'étudiant a le choix entre le riz à la viande ou bien le « Thiou » à la viande. Parmi les clients du vendeur d'épices, on distingue Nafi, étudiante en Licence 3 au département de Géographie. Avec sa silhouette attirante, elle porte un jean bleu qui met en évidence ses rondeurs et un bustier qui fait apparaître sa poitrine.
« J'aime manger à Central car on y prépare des plats toujours succulents avec une saveur que l’on ne trouve pas dans les autres restaurants » explique-t-elle d'un ton jovial. « Si, en plus, on ajoutait des épices aux plats préparés ici, ce serait tout simplement un délice », ajoute-t-elle.
L'ambiance est bonne au restaurant Central, la musique d'Omar Pène y résonne au grand bonheur des étudiants qui semblent aimer cette animation. Une étudiante élancée de teint clair vient de sortir du restaurant, en buvant jusqu'à la dernière goutte sa bouteille d'eau.
« J'ai bien mangé, les mets de Central sont les meilleurs du campus et le goût y est toujours, le tout accompagné d’une bonne musique », dit Ndoumbe, étudiante en licence 2 au département d'Espagnol. « On n’a pas grand-chose à redire après avoir mangé ici, car les repas y sont toujours de bonne qualité. C'est ce qui explique cette forte affluence depuis la réouverture du campus », clame-t-elle avec un beau sourire tout en prenant la direction du pavillon Q.
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