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Reportage

A Darou Khoudoss Mboro, les femmes au cœur du commerce maraîcher

A Darou Khoudoss Mboro, les femmes au cœur du commerce maraîcher
Source: CESTI INFO
Au marché de Ndogolé dans la commune de Darou Khoudoss Mboro, les vendeuses portent sur leurs épaules une partie essentielle de l'économie locale. Entre maraîchage, commerce et défis environnementaux, ces femmes se battent pour subvenir à leurs besoins tout en s'appuyant sur des réseaux de solidarité. Malgré la dureté de leur quotidien, leur résilience ne faiblit pas.

Sous un soleil implacable, le marché de Ndogolé, niché dans la commune de Darou Khoudoss à seulement 5 kilomètres de Mboro , s’anime avec une intensité vibrante. Ce marché, cœur battant de la petite ville de Mboro dans la région de Thiès, entre mer et industrie, est renommé pour les légumes qu’il propose.

Le marché Ndogolé, vers 17 heures, prend vie avec des vendeuses installées le long de la route, proposant une variété de légumes. L’ambiance est bruyante, entre les appels de ces dames, les discussions animées des clients qui négocient et le bruit des voitures. Au milieu de l’agitation des clients et vendeurs, Ndeye Mbengue, la cinquantaine, porte un pagne noué simplement autour de sa taille. Son foulard encadre un visage marqué par les années, mais toujours vif. 

Elle se tient derrière son étal de légumes, observant les clients avec calme et assurance. Comme chaque soir depuis quinze ans, elle vient au marché vendre ses légumes qu’elle achète chez des maraîchers locaux. Dans cette zone, l’activité maraîchère y bat son plein et Ndeye est l’une des nombreuses femmes commerçantes de ce marché, qui, à l’ombre des regards, portent une grande partie de l’économie locale sur leurs épaules.

Pour Ndèye , la journée commence bien avant le lever du soleil. « Je me lève à l’aube pour me rendre à Fass ou à Notto , chercher des légumes chez les agriculteurs locaux », raconte-t-elle en s’essuyant le front. « Ensuite, je passe toute la journée au marché de Ndogolé. Quand je rentre, il faut encore s’occuper de la maison, des enfants. C’est épuisant, mais on n’a pas le choix »Pour cette femme, le quotidien tourne autour de ça. La plupart des maraîchers, ne possédant pas leurs propres terres, se rendent dans les « bascules ». Des lieux de vente où les récoltes sont écoulées par l'intermédiaire de « coxeurs ».

Ces derniers sont des hommes spécialisés dans la commercialisation des légumes, jouant un rôle crucial en faisant le lien entre les agriculteurs et les clients. Ils assurent la vente des produits en négociant les prix et en facilitant les transactions, permettant ainsi aux cultivateurs de se concentrer sur leur travail tout en accédant à un marché plus large. Cette double journée, entre travail au marché et responsabilités domestiques, est le lot quotidien de la majorité des femmes commerçantes de Darou Khoudoss.  Beaucoup sont des mères de famille monoparentale qui doivent subvenir aux besoins de leurs enfants. « On est impliqué dans la scolarité des enfants, on aide nos belles-filles financièrement à la maison, et on ne reste pas les bras croisés. On participe activement à la vie familiale. Ce travail est tout ce que j’ai », affirme Ndeye. 

« Nous voulons travailler, mais les obstacles sont nombreux »

Dans cette zone, la plupart des femmes sont maraîchères et tirent la moitié de leurs ressources économiques de la vente de légumes. Malgré l’importance de leur activité, les femmes commerçantes de Darou travaillent dans des conditions souvent difficiles. « Les emplois formels sont peu fréquents, et cette activité est une tradition héritée de nos ancêtres. C'est une part essentielle de notre mode de vie », confie Fatou, une trentenaire, installée près de l’étal de Ndeye, elle aussi vendeuse de légumes .

À la différence de Ndeye, Fatou possède un champ familial où elle puise directement ses ressources qui lui permettent de subvenir à ses besoins agricoles. « Nous allons dans les champs, nous semons, nous cultivons, nous récoltons, malgré toutes les difficultés du monde », confie-t-elle avec amertume. « Nous voulons travailler, mais les obstacles sont nombreux. L'engrais est devenu inaccessible et hors de prix, coûtant au minimum 18 000 francs. Et ce n'est pas tout, il faut aussi acheter le gasoil pour faire fonctionner les machines agricoles, et cela coûte cher », dit-elle avec insistance. 

Une cohabitation peu agréable…

En plus de ces contraintes financières, Fatou et beaucoup d’agriculteurs font face à un autre problème, moins visible mais tout aussi dévastateur : la pollution chimique. Son champ se trouve juste derrière les Industries chimiques du Sénégal (ICS), une proximité qui n'est pas sans conséquences sur ses cultures. Les ICS, situées dans 3 sites : Dakar , Mbao et Darou sont spécialisées dans la production de phosphate et d'acide phosphorique . En effet , l'usine est le plus grand complexe industriel du Sénégal et le plus grand producteur d'engrais phosphatés en Afrique subsaharienne depuis 1984. Cependant, les usines d'acides phosphorique se situant à darou , les activités génèrent des émissions chimiques et des déchets qui affectent la qualité de l'air, des sols, et de l'eau dans les environs.

« Les produits chimiques qui s'échappent des ICS endommagent parfois nos récoltes. C'est un combat de tous les jours », se lamente-t-elle. Malgré ces difficultés, elle reste déterminée à continuer l'activité agricole, mais appelle à une prise de conscience et à des mesures pour protéger les agriculteurs locaux des effets néfastes des industries environnantes et à des solutions éventuelles . « Nous avons besoin de solutions, car entre le coût élevé des intrants agricoles et les dommages causés par les ICS, il devient de plus en plus difficile de survivre », conclut-elle. 

Pour Ndèye, le principal problème auquel font face les vendeurs de légumes reste la conservation des récoltes. Les invendus se perdent souvent faute de réfrigération adéquate. « Ce qu’on ne vend pas en fin de journée, on doit souvent le jeter », dit-elle avec un air visiblement frustré. « C’est un gaspillage qui coûte cher mais on ne peut pas faire autrement, il y’a pas de chambre où on pourrait garder nos légumes, cette zone est une zone maraîchère et l’Etat devrait songer à nous trouver des solutions afin qu’on puisse conserver nos légumes , on est souvent obligés de bazarder le reste pour que cela ne pourrisse pas entre nos mains et c’est ce qui explique pourquoi les légumes ne coûtent pas cher ici »

La solidarité féminine pour la survie 

En plus de ces obstacles, l'accès à l'information concernant les crédits bancaires reste un défi majeur. Toutes les femmes interrogées affirment n'avoir jamais contracté de prêt auprès d'une banque et d’autres ne sont pas au courant de ces crédits. Nombre d'entre elles préfèrent se débrouiller avec leurs propres ressources, par crainte des risques liés à l'endettement. Cette réticence à s'endetter s'explique par plusieurs facteurs.

D'une part, la complexité des démarches administratives décourage beaucoup de femmes, notamment celles qui n'ont pas une maîtrise suffisante des procédures bancaires. D'autre part, la méfiance envers les institutions financières, alimentée par des témoignages de mauvaises expériences, contribue à renforcer cette auto-exclusion du système de crédit.

Ainsi, malgré un besoin évident de financement pour développer leurs activités, ces femmes préfèrent la prudence à l'incertitude, freinant ainsi leur expansion économique. Elles préfèrent recourir à d’autres moyens de financement comme l’explique Khady, vendeuse de légumes trouvée chez un fournisseur.

Assise sur un sac de légumes avec une tasse de café dans une main et un sachet de beignets dans l’autre, elle témoigne de la réalité de son travail. Ses mains sont encore couvertes de terre, reflet d’une journée bien remplie : « on s’organise entre nous, on fait des « bëcëkk », on a un réseau de vendeuses de légumes où on s’entraide, à la fin de la journée chacun d’entre nous cotise et chaque fin du mois, on remet la cagnotte à l'une d'entre nous »  Elle ajoute, « cela nous permet de mieux gérer nos finances et de faire face aux imprévus. C’est un système de solidarité qui fonctionne bien et nous aide à avancer. On s'organise pour que chacune ait son tour, et ça renforce notre cohésion en tant que groupe ».

Face à ces difficultés, la solidarité entre les commerçants est une bouée de sauvetage. Elles forment des réseaux informels pour s’entraider, que ce soit pour partager des informations sur les prix des produits ou pour s’accorder de petits prêts d’urgence. Ces réseaux sont essentiels pour permettre à ces femmes de faire face aux aléas du commerce informel. Ils offrent une certaine stabilité, même dans un environnement où tout peut basculer du jour au lendemain. « Si quelqu’un a besoin d’argent pour acheter des marchandises, on cotise. C’est comme ça qu’on survit »… 

                                                                                                                    

 

                                                                                                                                      Hawa Haby Thiam

 

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Hawa Haby Thiam

Hawa Haby Thiam

Television

Je m’appelle Hawa Haby Thiam, étudiante en troisième année de journalisme au CESTI. Passionnée par la culture et les médias, je m’intéresse particulièrement aux sujets culturels, environnementaux et sociétaux.

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