Selon une étude récente de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le taux de chômage pour le quatrième trimestre de l’année 2025 est estimé à 23, 3% et est en hausse de 3,3 points de pourcentage par rapport à la même période en 2024 (20,0%). Cette situation témoigne du véritable contraste entre la formation et les besoins du marché de l'emploi avec un taux de chômage des titulaires d'un BAC+2 supérieur à 27% selon les mêmes données de l'ANSD.
La difficile insertion professionnelle des jeunes
diplômés au Sénégal est souvent liée à une inadéquation entre la formation
académique et les besoins du marché, créant un déficit de compétences
pratiques. Bien que diplômés, beaucoup manquent d’expérience professionnelle,
aggravant ainsi le chômage. Le manque d’accompagnement postuniversitaire et la
rareté des stages rendent la transition vers l’emploi difficile.
Aujourd’hui, le système éducatif traditionnel est souvent inadapté aux exigences actuelles du marché du travail, produisant des diplômés sans compétences techniques requises. A la sortie de l’université, les jeunes peinent à trouver souvent des stages ou de l'expérience concrète, ce qui les rend moins opérationnels.
En outre, la prédominance de l’emploi informel et la concurrence
avec des professionnels expérimentés ou des usurpateurs de titres compliquent
leur insertion. Si nous prenons le cas du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), une des rares écoles réputée pour une formation
de qualité produit chaque année une trentaine d’étudiants en journalisme qui
termine leur formation avec toutes les qualifications techniques et
professionnelles recherchées mais la majeure partie peine après à trouver un emploi justifié par
un marché trop fermé.
Ces facteurs structurels transforment la quête d'un premier
emploi en un véritable défi, malgré la possession d’un diplôme.
Privilégier le savoir-faire sur le parchemin
L’éducation traditionnelle, héritée de l’ère coloniale, repose sur un modèle de standardisation qui ne répond plus aux réalités d’un monde complexe et imprévisible. Aujourd’hui, la simple transmission de connaissance ne suffit plus, car l’information est accessible à tous instantanément. L’école africaine particulièrement sénégalaise doit donc apprendre à évoluer et s’adapter avec les besoins du monde actuel en formant des jeunes non seulement diplômés mais également qualifiés et prêts à répondre au besoin du marché de l’emploi.
L’objectif n’est plus de remplir les têtes de
données mémorisées, mais de former des individus capables de naviguer dans un
flux constant d’informations et de s’adapter à des métiers qui n’existent pas
encore. Cette mutation exige également de placer les compétences humaines, au
cœur du parcours pédagogique. Alors que le système classique valorise
principalement les performances académiques individuelles, le monde actuel
réclame qualification, créativité et forte capacité de collaboration.
En outre, l’intégration de la technologie offre une
opportunité de briser le modèle du « cours magistral pour tous » grâce
à l’intelligence artificielle et aux outils d’apprentissage adaptatifs, il est
désormais possible de personnaliser les enseignements selon les besoins de
chaque élève. Dans ce contexte, la posture de l’enseignant se transforme :
il quitte son rôle de seul détenteur du savoir pour devenir un mentor et un
facilitateur. Parallèlement, l’évaluation doit elle aussi être repensée pour
valoriser la progression et l’acquisition de compétences réelles plutôt que la
simple sanction par la note.
Oser la rupture face à l’héritage colonial
En Afrique, des leaders politiques à l’image d’Ousmane Sonko ont une vision particulière sur l’inefficacité du diplôme théorique qui s’aligne sur une critique profonde partagée par de nombreux penseurs africains, qui voient dans l’université actuelle un héritage inadapté. Pour Sonko, le système produit des « chômeurs de luxe » car il valorise le titre académique au détriment de l’utilité pratique.
Cette analyse fait écho aux travaux de l’historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo, qui affirmait que « l’école en Afrique est une usine de déracinés ». Selon lui, tant que le diplôme ne sert qu’à copier des modèles bureaucratiques sans capacité de transformer la terre ou de créer une industrie locale, il reste une coquille vide qui aliène l’étudiant au lieu de le libérer.
Cette réflexion est prolongée par
l’économiste sénégalais Felwine Sarr, qui milite pour une « écologie des
savoirs ». Il soutient que le diplôme sans compétence est le résultat d’un
système qui a privilégié la mémorisation de théories exogènes plutôt que
l’intelligence du terrain. Pour Sarr, l’université doit cesser d’être un centre
de certification pour devenir un espace où l’on acquiert une capacité d’agir
sur le réel.
L’application concrète d’une pensée de rupture prônée par des leaders africains réformateurs, se heurte souvent à ce que les analystes appellent le « déficit de courage opérationnel ». De ce fait, les dirigeants actuels doivent savoir que le courage ne réside pas seulement dans la dénonciation du système, mais dans la capacité à engager une transformation systémique immédiate.
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