Il est bien vrai que le football est avant tout une industrie. Comme toute industrie, l’objectif premier visé est la rentabilité. Cependant, force est de constater que ces dernières années, le business a tellement pris le dessus sur le jeu que l’on se retrouve avec un nombre pléthorique de matchs par saison. En moyenne, une équipe qui concourt sur tous les tableaux peut facilement avoisiner les 60 rencontres.
Tout fan de football, passionné et inconditionnel de ce sport noble, doit clairement se démarquer et aller à contre-courant de ce système d’exploitation de l’homme. Il n’en est rien d’autre qu’une forme d’esclavage moderne, sachant qu’une étude réalisée par la FIFPro auprès de 1 500 joueurs a montré que, lors de la saison de Coupe du Monde passée, certains internationaux ont consacré 88 % de leur temps à leur environnement professionnel.
Cette étude souligne également une augmentation du taux de blessures 1 000 fois supérieure par rapport à la décennie précédente, ainsi que des risques accrus pour la santé mentale des joueurs, notamment le surmenage et la dépression.
L’accumulation de matchs à haute intensité constitue un danger pour l’intégrité physique des joueurs, comme en atteste la recrudescence des blessures graves liées à la fatigue musculaire. Joel Mason, chercheur en sciences du sport, a établi un lien entre la densification du calendrier et le taux élevé de blessures enregistrées dernièrement. Cela résulte du fait que les joueurs n’ont pas suffisamment de temps pour récupérer et permettre à leurs muscles de se reposer afin de prévenir d’éventuelles blessures.
Des études établissent le lien entre les longues blessures et le nombre de match
En ce début de saison, de nombreux joueurs ont vu leur année écourtée suite à une blessure, ce qui a alerté plusieurs acteurs du football, notamment les premiers concernés. Les exemples sont nombreux, il me faudrait plus de colonnes pour tous les lister. Presque toutes les équipes en ont été victimes, y compris celles qui disposent des moyens les plus sophistiqués pour la gestion et la prévention des blessures.
Le dernier Ballon d’Or, Rodri, après une saison intense couronnée par la Coupe d’Europe des Nations, s’en est plaint dans une entrevue avec une chaîne espagnole, évoquant même la possibilité d’une grève des joueurs. La ligne rouge est déjà franchie, avec encore plus de matchs au menu, malgré l’indignation des passionnés. Les institutions ne se sont préoccupées que de leurs propres intérêts financiers, en augmentant encore le nombre de matchs avec la nouvelle formule de la Ligue des Champions, le nouveau format de la Coupe du Monde des Clubs, sans oublier les nombreux matchs internationaux.
L'écart de niveau se creuse davantage
Cette situation a également contribué à creuser davantage l’écart entre les petits et les grands clubs. Les premiers, avec des budgets colossaux, peuvent s’offrir des effectifs beaucoup plus garnis, tandis que les clubs modestes peinent à suivre le rythme tout au long de la saison. La conséquence en est que ces derniers ne peuvent plus créer cet effet de surprise qui fait le charme du football.
L’adage dit que le football n’a pas de logique, en parlant de l’imprévisibilité des matchs. Cependant, ces dernières années, il a bien trouvé une logique : celle du revenu à tout prix, depuis l’arrivée des pétrodollars du Moyen-Orient, des capitaux asiatiques de l’Est et des investisseurs américains.
De l'esclavage moderne
Au-delà des dangers liés à l’intégrité physique des joueurs, la baisse de la qualité du spectacle renforce notre conviction qu’il faut lutter contre cette surcompétition. La fatigue des joueurs entraîne un niveau de jeu moins attractif. En économie, on apprend que plus un produit est rare, plus il est précieux.
Autrefois, les grands matchs tels que le Classico ou les derbys de Série A et de Premier League étaient rares, ce qui les rendait attendus avec enthousiasme. Aujourd’hui, sur une saison, on peut se retrouver avec plus de cinq Classico. Cette récurrence fait perdre au match son engouement, et c’est le football qui en pâtit.
Les footballeurs sont des humains. Nous devons les protéger face à ces dirigeants avides d’or et préserver ce sport qui nous passionne tant, avant qu’il ne perde sa saveur et son charme. Certains brandiront le salaire des joueurs pour justifier cette exploitation, mais rappelons que rien ne peut se substituer à la santé physique et mentale. Il en va de l’avenir du football, et nous devons tous dire non à cette surcompétition, une forme d’esclavage moderne.
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