Trouver un stage représente souvent un véritable parcours du combattant pour nombre d'étudiants sénégalais. Passage incontournable pour parfaire une formation académique, le stage permet d’acquérir une expérience professionnelle concrète. Mais ces futurs employés (a priori) rencontrent toutes les peines du monde pour pouvoir pratiquer ce qu’ils ont déjà appris en théorie.
De porte à porte, à coups d’appels téléphoniques ou des recherches sur des plateformes en ligne, ces « chercheurs » non encore diplômés et débordant d’énergie, épuisent tous les moyens possibles. Pourtant la réalité, elle, leur en fait voir de toutes les couleurs.
Astou Diop, étudiante en sciences économiques et de gestion, fait face à cette rude épreuve. Pour elle, les choses sont simples, comme dans beaucoup de domaines, il faut juste avoir un « Link », lâche-elle, souriante. « Sinon, même après des recherches approfondies, tu risques de te faire coiffer au poteau par quelqu’un qui a un « bras long » ».
En tant que demandeuse d’emploi, cette jeune étudiante a épuisé toutes les pistes pour décrocher un rendez-vous. « J’ai déposé dans tous les établissements dont j’ai eu connaissance. Que ce soit en ligne : sur LinkedIn (par ce qu’il y avait des offres d’emplois et autres) et ailleurs. Ensuite on nous demandait un curriculum vitae(CV) et une lettre de motivation mais je n’ai jamais eu de retour favorable à part des accusés de réception », s’offusque-t-elle.
Pourtant les canaux de recherche ne manquent pas : groupes WhatsApp dédiés, annonces sur les sites des écoles ou encore des plateformes en ligne. Mais le nombre de stagiaire acceptés reste infime face à la demande. Une situation que fustige Aminata Barry, étudiante en 3eme année en gestion à l’Institut de formation en administration et en création d’entreprise (Iface).
Pour elle, le stage qui est une exigence dans le cadre de la formation permet de mettre en pratique les connaissances acquises et le développement des compétences professionnelles. Elle constate que « la demande qui est supérieure à l’offre rend la disponibilité des places limitée au sein des entreprises, ce qui engendre une concurrence rude entre étudiants ».
Comme beaucoup de ses camarades, Aminata a multiplié les tentatives. En vain. Elle ne peut même pas compter avec ses doigts le nombre de fois où elle a fait des demandes de stages, toutes sans succès. « Je ne sais plus combien de fois j’ai envoyé un CV, écrit une lettre de motivation et pour la majorité des cas je ne reçois même pas de retour » s’étonne-t-elle. Une situation qui semble annoncer les couleurs pour celle qui sera diplômée dans quelques mois.
Payer pour obtenir un stage
Si certains étudiants finissent par se lasser après de longues recherches infructueuses, pour d’autres, abandonner n’est pas une option. Nguekouba, étudiant congolais en compatibilité et finance à l’Institut supérieur de management (ISM) est prêt à tout pour décrocher un stage. « Il est hors de question pour moi de terminer une formation sans la compléter avec un stage. Si toutefois, je n’en trouve pas, je serai même prêt à payer pour en obtenir. Et si ça ne marche toujours pas, je vais changer d’école pour aller vers une autre qui sera capable de m’en trouver », s’exclame-t-il d’un ton ferme provoquant ainsi l’étonnement de tous ses camarades.
Assise juste à côté de lui, Firdaaws Yayé Harouna estime qu’il est certes « important » voire « fondamental » de faire un stage au cours de la formation, mais ce qui n’est pas convenable, c’est de payer pour le faire. La Nigérienne a cependant trouvé une alternative : travailler bénévolement pour l’ISM dans l’événementiel. « Ce n’est pas liés directement à mes études, mais en contrepartie, on m’aidera à décrocher un stage en fin d’année. Donc au lieu de payer pour un stage, c’est plutôt moi qu’on devrait rémunérer pour le faire », lance-t-elle, prenant le contre-pied de son camarade congolais.
Changement de cap
Trouver un stage est un véritable nœud gordien pour les étudiants. Sans forcément hanter leurs nuits, cette quête occupe une place centrale dans leurs préoccupations. Mariame Niang, ancienne étudiante en gestion et ressources humaine à Ensup Afrique, en sait quelque chose. N’ayant jamais réussi à trouver un stage, elle travaille aujourd’hui dans un centre d’appel. « Je n’ai jamais réussi à trouver un stage », s’indigne-t-elle comme si elle revivait cette période éprouvante. Avant de poursuive : « À l’Ensup, l’initiative de trouver un stage n’engage que l’étudiant, si tu veux en faire, tu te débrouilles tout seul. L’administration de l’école, elle, ne se préoccupe pas de cela ».
Un non accompagnement qui se révéla fatale pour elle car à sa sortie, c’était quasi impossible de trouver un emploi avec des entreprises qui exigeaient un strict minimum d’expérience, une expérience qu’elle n’a jamais eu l’opportunité de vivre. « Les entreprises nous demandaient d’avoir quelques années d’expérience ou au bas mot un an, alors que si tu n’as pas fait de stage tu ne peux pas gagner en expérience ». Elle déplore aussi le fait que les écoles ou instituts ménagent leurs efforts pour accompagner les étudiants durant cette phase plus que nécessaire.
En guise d’alternative, certaines écoles proposent en lieu et place des travaux appelés « projet de groupe ». Une solution jugée insuffisante par Aminata, étudiante en gestion à l’Iiface : « un projet de groupe ne peut pas remplacer un stage ».
Dans un pays où le taux de chômage va crescendo, des universités qui pondent de plus en plus de diplômés avec un décalage entre les compétences acquises et les exigences du marché, le défi n’est pas de réussir mais de trouver un emploi.
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