À l’image des grands boulevards et marchés de Dakar, en ce début d'après-midi, le « couloir de la mort » de l’Université Cheikh Anta Diop est bondé. Des vagues incessantes d’étudiants arrivent de tous bords, convergeant vers la porte située en face de l’école vétérinaire, adjacente au Cesti. Un flux continu d’étudiants entre et sort sous le contrôle des gardiens. Il faut détenir la carte Coud ou la carte d’étudiant pour accéder à l’enceinte de l’université.
À défaut, certains présentent leur diplôme de baccalauréat ou leur certificat d’inscription comme ticket d'entrée. C’est ainsi qu’on reconnaît souvent ceux qu’on appelle les « étudiants néophytes urbains », c’est-à-dire ceux qui découvrent la ville pour la première fois.
Madina Thiam fait partie de ces étudiants. C’est sa première fois à Dakar. Élancée et frêle, son visage exprime la jeunesse et l’innocence. Elle semble encore marquée par la fraîcheur des vacances. Son regard errant scrute tout ce qui bouge autour d’elle, explorant son environnement. « Cela fait à peu près deux semaines que je suis ici. Je suis particulièrement marquée par le nombre de personnes. Il faut faire la queue partout, même aux toilettes », dit-elle, faisant rire ses camarades. Plus sérieusement, elle ajoute : « Ce sera difficile pour moi de continuer dans ces conditions. Je quitte Keur Massar pour venir ici et c’est très loin. Je dois me réveiller à 5h pour être ici à 8h. Je suis tout le temps fatiguée, je ne fais que dormir. »
Faire la queue pour manger
Comme d'autres étudiants, elle a également vécu des expériences anecdotiques : « Mon premier jour au resto, au petit-déjeuner, les anciennes m’ont dit que je pouvais prendre tout ce que je voulais. Du coup, j’ai pris quatre sachets de lait, et tout le monde s’est mis à rire, même les serveuses ! » raconte-t-elle en riant.
À côté d’elle, Aïssata Ly a, quant à elle, du mal à s’habituer aux plats servis dans les restaurants universitaires. En ce moment, elle ne consomme que du ndiorndi (couscous local à base de mil). « Financièrement, je ne peux pas me permettre d’aller dans les restos privés, donc je me contente de ce que j’ai chez moi », confie-t-elle en riant.
Sur l’avenue Cheikh Anta Diop, se trouve la grande porte de l’université. Juste à l’entrée, à quelques pas du jardin, se dresse le pavillon N AMSA (les nouveaux pavillons de l’UCAD), adjacent au pavillon A et séparé de celui-ci par la route principale menant vers la zone A du campus social.
C’est devant ce pavillon que nous rencontrons Thierno Radjibou Diallo, étudiant en première année originaire de Kédougou, qui nous livre ses premières impressions de la vie citadine et universitaire. « Au campus social, dès le premier jour, j’ai été marqué par les longues files devant les restos. Cela me paraissait étrange de devoir faire la queue pour manger », confie-t-il.
Ayant effectué tout son parcours scolaire à Fongolimbi dans des établissements à faible effectif, Thierno a été impressionné par la grande affluence à l’université. « Quand j’ai vu la foule d’étudiants dans l’enceinte de la faculté des Lettres, j’ai tout de suite senti la différence avec mon ancien lycée, où ma classe ne comptait que 26 élèves », souligne-t-il. « C’est grâce à mon frère, un ancien étudiant ici, que j’ai pu avoir un logement et comprendre un peu le fonctionnement de l’université », poursuit-il.
Même s’il a pu s’appuyer sur des anciens du campus pour s’adapter à ce nouvel environnement, le natif de Fongolimbi a rencontré de nombreuses difficultés. « Je suis venu ici sans bourse. J’ai eu beaucoup de problèmes financiers, notamment pour acheter les documents et répondre à mes besoins de base. »
Comme Thierno, Diary Sow est une étudiante nouvellement arrivée à Dakar. Originaire du nord-est du Sénégal, elle a eu du mal à trouver ses repères dans la vie urbaine. « Au début, je ne connaissais personne à Dakar. Il a fallu que j’appelle une ancienne connaissance du lycée. C’est sa famille qui m’a hébergée les premiers jours », se souvient-elle.
À Dakar, ne pouvant pas bénéficier d’un logement dans le campus social, elle s’inquiète surtout de ses conditions de vie précaires.
« Nous vivons dans un appartement que nous louons à 250 000 francs CFA par mois, sans compter les autres dépenses quotidiennes. C’est extrêmement difficile pour nous », déplore-t-elle.
Retrouvailles
Ayant toujours vécu dans son Fouta natal auprès de ses parents, le changement de mode de vie a été brutal. « Une fois à Dakar, je me sentais bizarre. J’étais devenue une autre personne. Je regardais sans cesse autour de moi, tout me paraissait étrange : l’environnement, les maisons, les voitures… », explique-t-elle.
À l’université, malgré toutes ces difficultés, Diary a eu la chance de retrouver d’anciennes connaissances du lycée, ce qui lui a permis de mieux s’intégrer dans le campus pédagogique. « J’ai rencontré ici beaucoup de mes anciens camarades du lycée, ainsi que des personnes venant de la même région que moi », confie-t-elle.
S’intégrer, et bien s’intégrer, est la première étape à franchir pour ces nouveaux venus. Réussir cette intégration est essentiel pour réussir ses études.
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