Des sachets plastiques flottant dans l'eau, des vêtements jetés, des pneus, eaux usée, un amas de saletés traîné à perte de vue, tel est le décor du canal 4, de Gueule Tapée-Fass Colobane. A ce décor, s’ajoute une odeur nauséabonde. Malgré cette insalubrité, le long du canal, en face du quartier Fass Casier est occupé par des lingères, de petits ateliers de menuiserie, des mécaniciens de motos etc. A côté du canal sous un arbre à palabre Alassane Pam est assis avec ses amis autour d’une théière. C'est un natif du quartier Fass Casier.
« Je suis né ici. Le canal, c’est une bombe écologique », se désole-t-il. Selon lui, « les populations jettent nuitamment dans le canal des ordures ménagères, des cadavres d'animaux et d’autres déchets». Alassane Pam continue son indignation et liste les problèmes auxquels font face les habitants de son quartier. « Durant la période de l’hivernage, les populations se plaignent de toute sorte de maladies. S’y ajoutent les moustiques qui envahissent les domiciles, et qui sont de vecteurs de paludisme », déplore-t-il.
Assis juste à côté, il poursuit : « ces lingères aussi nous gênent, elles nous dérangent ». Il pointe du doigt les femmes qui font le linge au bord du canal. Selon lui, elles participent à la dégradation du cadre de vie des lieux. Interpelées, ces bonnes dames n’ont pas réagi. Alassane Pam continue en dénonçant l’attitude de la Mairie. « La nouvelle équipe municipale n'a rien fait pour améliorer le cadre de vie de Fass Casier. Par conséquent, les populations de cette partie de la ville de Dakar souffrent de ce qu’il qualifie de problème environnemental avec plusieurs chantiers ouverts», dénonce-t-il.
Un peu plus loin à la deuxième voie qui borde le canal en face du lycée Blaise Diagne, Mouhamed Sarr, un passant donne aussi son avis. « L'odeur que les passants respirent ici peut être source de maladie. J'ai toujours plaidé pour la fermeture du canal 4 », soutient notre interlocuteur. « L'Etat devrait réaménager le canal en tunnel pour régler le problème définitivement. C’est mieux pour notre environnement mais aussi pour le décor des lieux », propose-t-il.
Le canal, une menace pour la santé
Encore quelques pas devant nous, une dame d'une trentaine d'années, un foulard rouge sur la tête, debout devant une poubelle débordante d'ordures. Interpellée sur l'insalubrité du canal, elle explique : « Ces eaux usées que vous constatez ici ne viennent pas souvent de Fass Casier, elles nous viennent des quartiers lointains. Déversées plus loin vers les SICAP les eaux cheminent par le canal jusqu'ici ». Elle dégage ainsi la responsabilité des habitants de son quartier. « Nous, on est conscient du danger que peut générer ce canal ». Une autre dame plus âgée assise à bord du trottoir avec ses petits-enfants, juge complexe le problème lié au canal 4. « Il est difficile de situer les responsabilités, le canal traverse plusieurs quartiers et malheureusement c'est nous les habitants de Fass qui en souffrons le plus ».
Cette octogénaire du nom de Mame Khady Mbaye soutient que la responsabilité est partagée. Selon elle, ni les riverains ni les autorités ne sont préoccupés par la propreté du canal. « C'est un dépotoir, personne ne s'occupe de sa gestion, même ce mur en construction n'est pas une solution ». Selon elle, le mur de clôture accentue l'insécurité des passants. « De l'autre côté opposé du quartier Fass, il n'y a pas d'habitations, il y a que des écoles (Lycée Blaise Diagne, l'université Ahmadou Ham Pathé Ba...) ».
A en croire les riverains, souvent on y rencontre des cas d'agressions et le mur va servir de barrage entre les habitants de Fass casier et l'autre côté du canal, ce qui profitera aux malfaiteurs. Selon Mame Kady, plusieurs victimes d’agression ont été sauvées par les habitants du quartier. « Tous les jours nos enfants assistent ici des personnes en danger aux risques et péril de leur vie », témoigne-t-elle avec fierté.
A quelques encablures du canal par la gauche en quittant Colobane, se trouve la maison de Samba Barry, le délégué de quartier de Fass Casier. Ce dernier étant souffrant, son fils Niaky Barry plus connu sous le nom de Kala Barry le supplée. « Je prends le relais pour du moins satisfaire la population ». M. Barry dans la cinquantaine est né dans ce quartier. « Mes grands-parents sont les premiers à s'installer ici, ils venaient de Fiit Mith vers Centenaire dans les années 50 ». Kala Barry retrace un peu son enfance vécue auprès du canal. « A l'époque il n'y avait que des arbustes autour du canal, il était sec et propre. On a même préparé du thé dans le canal, mes amis et moi. Il y avait un petit conduit à l'intérieur du canal pour acheminer les eaux pluviales vers la mer. L’odeur n'était pas puante », raconte-t-il.
Une poubelle à ciel ouvert
Barry continue en défendant ses voisins : « Toutes ces eaux viennent de loin pour être évacuées vers la mer, c'est la faute à l'Onas rien de plus. Selon lui le quartier de Fass est bien lotis et ses habitants sont conscients du danger qui découle de la prolifération des déchets dans le canal. Il insiste : « Il n'y a pas de branchement clandestins destinés à évacuer des eaux usées dans le quartier, il n'y en a pas ».
Entre autre cause Kala Barry donne comme explication l'explosion démographique de la capitale qui fait que les anciennes installations ne supportent plus la pression des eaux provenant des différents quartiers ; c’est pourquoi partout à Dakar on assiste au ruissellement des eaux usées. Niaky Barry reste pessimiste sur la fermeture du canal comme solution : « La fermeture du canal n'est pas du tout une bonne solution, dans tous les pays du monde il existe des canaux à ciel ouvert ».
Pour lui, la meilleure solution c'est de chercher des stations d'épuration pour le canal et pour ce faire il faut une démarche participative où la mairie et tous les acteurs concernés se retrouvent autour d’une table et de prendre la meilleure décision avec des experts pour le bien de tout le monde.
Le Chef de la Division technique et environnementale de la mairie de Gueule-Tapée, Fass, Colobane, Seydou Tall Mbaye accuse les populations proches du canal 4. Il rappelle qu’à l’approche de chaque saison des pluies, l'Onas effectue le curage du canal. « Mais des populations déversent des déchets de toute sorte », regrette-t-il. Trouvé sur le terrain avec son équipe en train de détruire les installations de fortune le long du canal, M. Mbaye promet d'ériger un mur pour régler le problème de sécurité et d’embellissement du canal 4.
« Toutes ces occupations anarchiques seront enlevées. Nous allons aménager cet espace public en y installant des bancs», insiste-t-il. Selon lui, contrairement à l'année dernière tout se passe dans de bonnes conditions, il n'y pas de débordement des eaux usées au niveau du canal. Malgré les efforts de l'équipe municipale, les populations crient leur ras-le-bol et demandent plus de moyens pour protéger le canal.
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