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Reportage

Chez les hommes qui pratiquent le maquillage féminin au marché HLM

Chez les hommes qui pratiquent le maquillage féminin au marché HLM
Source: CESTI INFO
Au marché des Hlm, le métier de maquilleur n’est pas réservé uniquement aux femmes. Des hommes y exercent et gagnent bien leur vie en maquillant les clientes. Celles-ci viennent se faire faire des hennés, poses d’ongles, pédicures et soins des sourcils.

 

 Il est 12 heures au marché des HLM. En ce vendredi, le soleil est au zénith avoisinant même les 30° C. Situé à côté des vendeuses de repas et en plein air, la place des maquilleurs refuse du monde. Ici, les femmes viennent de partout pour se faire maquiller par les hommes. Mamadou Lamine Dia est l'un d’entre eux. Teint noir, vêtu d’un tee-shirt noir et jean bleu, cet homme de 25 ans, outils de maquillage à la main, est en train de maquiller une cliente.

Il soutient qu’il a commencé ce travail depuis 2018, date à laquelle il abandonné ses études. « Je ne voulais plus fatiguer mes parents. Ils dépensaient trop d’argent pour financer mes études. C’était peine perdue pour eux parce que les études ne m’enchantaient guère », explique le maquilleur précisant qu’il a commencé à sécher les cours lorsqu’il était en classe de 6e  secondaire.

A l’en croire, il est entré dans ce métier pour éviter de quémander ou de voler, ce qui est condamnable par la religion. « Au début quand j’avais dit à mes parents que je voulais être un maquilleur, ils ont refusé en ajoutant que c’est un travail réservé aux femmes ; moi je leur ai répondu qu’il n’y a pas de boulot réservé aux femmes exclusivement dans ce pays », lance-t-il.

Cependant, pour Mamadou Lamine, ses parents ont accepté ce travail parce que non seulement ils ne voulaient pas qu’il reste à la maison sans rien faire. « J’aspire à aider mes parents avec mon  travail. Je trime dignement et j’espère avec l’aide de Dieu, je vais les rendre, dans un futur proche, très heureux », renseigne Mamadou Lamine sur un ton déterminé.

Ainsi, le jeune maquilleur affirme que lors de la fête de l’aïd El Kébir (Tabaski), les clientes venaient  nombreuses pour se faire belles. « Nous avons beaucoup de modèles de  poses-ongles disponibles, nous pouvons citer, entre autres, les poses-ongles permanentes, capsules, hennés, entre autres», renchérit-il.

Mamadou Lamine explique que  le modèle permanent est très prisé par les femmes qui ont de l’argent.  Car, dit-il,  ce modèle peut durer entre six mois à deux ans. « Le modèle est très cher, il peut coûter de 25.000 à 30.000 FCFA  pour chaque femme qui en veut», ajoute-t-il.

 « Je gagne bien ma vie »

Assis sur un banc en bois, Abdou Lahat Mbacké Niang, la trentaine révolue, est maquilleur au marché des Hlm depuis 2011. Dans son coin, il scrute de potentielles clientes, qui viennent petit à petit. Cet homme révèle qu’il a d’abord été un vendeur de collier tout comme son frère dans ce même marché. Maintenant, il a porté son choix sur le maquillage.

Abdou Lahat dit qu’ils font des hennés, des pédicures et manucures aux femmes qui sollicitent ses services. « Les femmes peuvent  débourser jusqu’à 50.000 FCFA pour faire du henné des mains et pieds », soutient  Abdou Lahat, la mine joyeuse. Pour les manucures et pédicures, les femmes paient entre 5000 et 15.000 FCFA.  Lahat Mbacké renchérit : « Dès fois, il y a des femmes qui viennent sans avoir beaucoup d’argent avec elles, mais nous marchandons avec elles afin de trouver un consensus », témoigne-t-il.

Abdou poursuit que lorsque ces femmes finissent de se faire maquiller, leur maquillage est même plus magnifique que celles qui ont de l’argent. Parce que les maquilleurs, soutient-il, éprouvent une certaine compassion envers ces femmes qui n’ont pas beaucoup d’argent et qui veulent se faire belles avec la somme dont elles disposent. Abdou Mbacké évoque aussi qu’il achète les sourcils à 1000 FCFA pour les poser à 3000 FCFA, les sourcils qui coûtent  5000 FCFA  pour 10.000 FCFA, et ceux qui valent 10.000 FCFA pour 20.000 FCFA. « Les prix des poses-ongle varient entre 3000 et 25.000 FCFA, car cela dépend de la qualité des émailles  utilisés », souligne-t-il.

Il affirme que les flacons d’émaille simples coûtent  300 FCFA alors que ceux qui sont permanents valent entre 2000 à 3000 FCFA l’unité. Abdou Mbacké poursuit que parfois  avant 12 heures, il peut gagner entre 50.000 à 100.000 FCFA par jour, si les clientes viennent en masse. Par contre, si elles viennent au compte-goutte il peut rentrer chez lui avec moins de 3000 FCFA.

L’accessibilité des prix

Sita Traoré, la trentaine est une Ivoirienne, mariée, habituée des lieux. Cette dame les fréquente depuis une dizaine d’années pour se faire maquiller par ses hommes. Teint clair, vêtue en taille basse, elle est une femme de forte corpulence. L’Ivoirienne dit qu’elle préfère se faire maquiller par les hommes. « Les maquilleurs font correctement leur travail. Par contre, si ce sont les femmes, elles vont rester là à faire le malin », s’exclame-t-elle. La dame lance qu’avec les maquilleurs, « les prix sont abordables, qui plus est,  ils réservent un accueil chaleureux à leurs clientes par rapport aux maquilleuses qui font le malin ».

 La quarantaine, teint noir, mesurant environ 1m 75, avec une forte corpulence, Pauline Dasilva préfère venir se faire maquiller par les hommes en lieu et place des femmes. Pour elle, les hommes sont beaucoup plus accueillants que les femmes. « J’aime me faire maquiller  par les hommes qui font bien leur travail et en plus ils sont sympas » souligne-t-elle.

En plus, elle ajoute que les hommes sont plus gentils envers les femmes. « Par contre, si ce sont  les femmes, elles sont capricieuses, raison pour laquelle je ne peux pas les supporter » renseigne la dame. Pauline affirme aussi que les prix sont beaucoup plus accessibles chez les maquilleurs. « Ici, je paie entre  1500 FCFA  et 2000 FCFA pour les poses- ongles  des mains et des pieds, alors que pour le maquillage c’est  3000 FCFA seulement » magnifie-t-elle.

Selon elle, chez les femmes, les maquillages tournent  autour de  5000 à 6000 FCFA. « Donc vous voyez que les prix sont nettement plus abordables  chez les hommes » se réjouit-elle avec une mine égayée. Comme Sita, Pauline Dasilva affirme, sans détour, qu’elle est habituée des lieux, depuis bien des années.  «  J’habite aux Parcelles Assainies unité 25, la rigueur et la beauté du travail des maquilleurs me poussent à délaisser les femmes maquilleuses au profit des hommes », fait-elle savoir avec le sourire aux lèvres.  

 

 

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Paul Diouf

Paul Diouf

Presse Ecrite

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