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Reportage

Défis et pistes pour une gestion durable des déchets

Défis et pistes pour une gestion durable des déchets
Source: CESTI INFO
Dans les méandres des cités universitaires, une réalité peu reluisante fait régulièrement surface : la gestion des déchets solides, biomédicaux ou organiques, continue de poser de sérieux défis. Pourtant, sur le terrain, des efforts sont bien visibles, notamment du côté du département de l’Environnement, qui organise des visites régulières et produit des rapports mensuels détaillés en parfaite collaboration avec le service de la gestion de la salubrité publique. Ce reportage met en lumière une réalité complexe : un écosystème en place, dynamique mais fragilisé, en attente de soutien concret pour se transformer durablement.

  À première vue, sur certains campus comme Claudel ou le Grand campus, le système semble fonctionner. Les camions de la SONAGED, entreprise partenaire, passent en moyenne toutes les 24 à 48 heures pour évacuer les déchets solides vers la zone de collecte principale. Au département de l’environnement du Coud, la gestion de la salubrité publique occupe un service dont Mme Ndéba Niane Sene est la cheffe. Elle revient sur la structuration de son service au sein du grand campus : « Je suis la cheffe de service, assistée par un adjoint. Nous avons également trois superviseurs généraux, des superviseurs, des agents et des employés de bureau. Tous sont mobilisés autour de la gestion des déchets sur le campus ». Le service de gestion  travaille en étroite collaboration avec les autres structures. Pour la direction, les relations se font à travers les départements. Avec les services techniques, notamment les chefs de service, la coordination est quotidienne afin d’assurer des interventions rapides et efficaces, assure Mme Sene avant d’évoquer les rapports de son service avec les étudiants. «Nous menons des actions de sensibilisation, notamment par le biais des chefs de résidence dans les pavillons, en lien avec le département de la Cité Universitaire (DCU). C’est une collaboration que nous jugeons globalement positive, malgré quelques difficultés que nous tentons de gérer», soutient-elle.

 «La collecte commence dans les pavillons, où les étudiants déposent leurs déchets dans des poubelles. Les commis d’environnement ou techniciens de surface utilisent des big bags (grands sacs de collecte) qu’ils acheminent vers le PNR (Point  de regroupement normalisé) à l’aide de tricycles. Ensuite, un GIE privé prend le relais pour le transport les déchets depuis le PNR jusqu’à la décharge de Mbeubeus. Entre autres types de déchets, il s’agit principalement de déchets organiques. Le tri n’est pas encore en vigueur à notre niveau », explique-t-elle.

La cheffe de service relève tout de même des entraves à sa gestion. «Le manque de matériel (poubelles, big bags, etc.) et parfois de personnel constitue un frein. Cela peut impacter sur notre efficacité. Cependant, chaque vendredi, lors des réunions de coordination du département, nous faisons le point sur les problèmes rencontrés et les perspectives d’amélioration ». Pourtant Mme Sène trouve que « le système est en amélioration constante. Grâce aux campagnes de sensibilisation, la situation évolue positivement. Même si l’on n’atteint pas encore 100 % de nos objectifs, nous constatons des progrès notables dans les comportements, tant chez les étudiants que chez les personnels. L’important, c’est de persévérer ».

  Elle  invite les étudiants à collaborer activement avec ses équipes car la salubrité est l’affaire de tous.  Elle souhaite que les bonnes pratiques adoptées sur le campus soient aussi appliquées dans la vie quotidienne, même en dehors de l’université. C’est un engagement citoyen pour un cadre de vie plus sain. «Nous comptons sur la direction  pour continuer de nous accompagner mais surtout sur son engagement pour l'obtention de la certification ISO 14001/2015 qui est un outil de gestion très adapté actuellement », déclare t- elle. Le service de gestion travaille en parfaite  collaboration avec la cellule de suivi. Les responsables de cette dernière font chacun en ce qui le concerne des remarques sur la situation de la salubrité au sein des campus universitaire.

  Selon Abdoulaye Cissé membre de la cellule de suivi du bureau qualité environnementale et hébergement,  au campus ESP, les visites récentes ont révélé une accumulation préoccupante de déchets. Pendant plusieurs jours, les camions n’ont pas circulé, provoquant un débordement visible des points de collecte. « Si les rotations se faisaient correctement comme ici au campus social, on n’aurait pas ce genre de problème », regrette M. Cissé sur place.

               L’ombre inquiétante des déchets biomédicaux             

  Plus discrets, mais bien plus dangereux : les déchets biomédicaux. Ils sont stockés à proximité du service médical, dans une zone sensible située derrière la mosquée. Une machine d’incinération avait été acquise pour assurer leur élimination. Hélas, elle est tombée en panne peu après son installation. Les déchets s’entassent depuis, avec des risques sanitaires élevés pour les usagers, le personnel et les passants. Des tentatives d’acheminement vers les hôpitaux comme Fann ou Gaspard Camara ont été entreprises, mais là encore, les constats sont alarmants : « On y a vu des sacs de déchets exposés, sans traitement, à même le sol », témoigne Ma Demba Gaye un agent de suivi de sécurité sanitaire et installation.

  Par ailleurs, sur les huit restaurants installés sur le campus, chacun est censé gérer ses propres ordures. En réalité, peu respectent cette règle. Certains n’ont même pas de bac à déchets. Résultat : des ordures stagnent entre 48 à 72 heures sans évacuation. « Ce n’est pas digne d’un espace de restauration universitaire »,  affirme Wally sagne, un contrôleur qualité au niveau des restaurants des campus. Quelques initiatives émergent néanmoins. Dans un cas isolé, un éleveur vient récupérer les restes alimentaires pour nourrir ses porcs. Une pratique artisanale, mais qui pourrait inspirer un modèle de valorisation plus structuré à l’échelle du campus.

  Autre constat préoccupant : un seul réseau d’eau alimente les douches, les cuisines, les espaces verts et sert à d’autres usages collectifs. Résultat : aux heures de pointe, c’est la pénurie. « Les étudiants se lèvent à 6h pour prendre leur bain, pendant que les jardiniers arrosent et les restaurants préparent le petit déjeuner. Forcément, tout le monde tire sur le même tuyau », déplore un responsable technique. Une solution existe pourtant : créer un deuxième réseau pour récupérer et recycler les eaux usées. Elles pourraient ensuite servir à l’arrosage ou au nettoyage, laissant le réseau principal pour les usages sanitaires et alimentaires. Un projet évoqué à plusieurs reprises, mais toujours sans financement.

   Une dynamique d’équipe, freinée par le manque de moyens

  Le département de l’environnement ne ménage toutefois pas ses efforts. Armés de tricycles, les agents parcourent les sites chaque jour, trient les déchets, déposent les sacs aux points de collecte. Mais l’absence de moyens logistiques, de camions propres et de solutions pérennes freine les ambitions. «Nous faisons des constats, des rapports, des recommandations. Mais tant que les autorités ne prennent pas les décisions et ne nous dotent pas des équipements nécessaires, nous resterons dans le provisoire », confie M. Cissé du bureau de la qualité environnementale.

  Face à ces constats, l’équipe en charge du suivi lance un plaidoyer : remettre en état la machine d’incinération, renforcer les partenariats de collecte, équiper les sites en bacs adaptés, et surtout, financer les projets de transformation des déchets et de recyclage des eaux. «Il faut permettre aux étudiants et aux chercheurs d’être acteurs de la solution. Certains ont des projets concrets. Lancer un appel à projets, leur offrir un espace d’expérimentation, ce serait déjà un grand pas », conclut le responsable qualité.

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Thierno Ndiaye

Thierno Ndiaye

Presse Ecrite

Journaliste, créateur de contenu digital particulièrement intéressé par les questions environnementales.

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