Sur
la VDN n°3, niché entre l’Unité 26 des Parcelles Assainies, la cité Keur Damel
et Nord Foire, le ponton du croisement 26 est fréquenté par certaines personnes. En ce
lundi à 10 heures, le bruit des véhicules est incessant. Ici,
l'air frais de la mer, située à quelques mètres, balaie les visages. Entre le
toit en béton massif, soutenu par de grosses poutres, et les pavés lisses et
colorés, se trouve une dizaine de personnes. Sur ce lieu, plus le jour
s’installe, plus les mouvements s’intensifient.
Au pied des
poutres, sur trois longs bancs séparés par des pots de fleurs, des individus
sont en plein sommeil sous des couvertures peu enviables. Quelques minutes plus
tard, l'un d'entre eux enlève sa couverture. Il reste assis pendant quelques
secondes. De sa main droite, il s'essuie le visage et se lève. Avant de s'en
aller, tout sourire, le jeune apprenti laisse entendre : « Je suis venu ici
pour me reposer. Je travaille toute la nuit comme apprenti car-rapide ».
Après
son départ, arrive Mor Diouf, âgé d'une quarantaine d'années. Les yeux
rougeâtres sur un visage sombre, il confie : « Je suis mouleur. Je viens ici
tous les jours quand je n'ai pas de travail ». Assis sur ses genoux, il tient
un sachet rempli de restes de pain tachés d'huile. De sa bouche, se dégage une
odeur d'alcool. Il ajoute : « Je viens de Réfaane, vers Bambey. Je ne passe pas
la nuit ici et je ne sais pas s'il y a des gens qui le font ».
À peine cinq minutes plus tard, il se dirige discrètement vers un banc. Fuyant les regards, il sort un tissu et revient à sa place. Il se couche et se couvre de la tête aux pieds.
Plus loin, toujours sur la VDN, au ponton de Saint-Lazare, sous cette gigantesque masse de béton posée sur d’énormes barres métalliques jaunes, des gendarmes déjà positionnés veillent au grain.
À 15 heures, comme au croisement 26, les klaxons des voitures et le vrombissement des motos « Jakarta » se confondent. Ici, toutes les catégories d’âges sont présentes. « Je viens chaque matin ici pour prendre l’air et méditer », fait savoir Marème Cissé, âgée de 30 ans et habitante de Ouakam. « Je fréquente ce lieu depuis son inauguration », ajoute la mère célibataire accompagnée de sa petite fille de 3 ans.
Chambre à ciel ouvert
L’espace
n’est pas seulement fréquenté par des Sénégalais, à en croire Yves Marius,
Ivoirien et étudiant en génie informatique à Uni Pro, située à quelques mètres.
« Durant mes temps creux, je viens dans ce lieu pour réviser », informe le
natif d’Abidjan, sac au dos, attendant son cours de 17 heures.
Ce lieu sert également de dortoir pour certaines personnes vulnérables. En pleine lecture du Coran sur un banc en ciment, Lamine Dia, la quarantaine, habitant de Liberté 6, se prononce d’une voix émouvante : « Ici, c’est comme une maison pour moi. Depuis que j’ai perdu mon travail il y a trois mois, je fréquente ce lieu. Je viens chaque jour ici pour la lecture afin de me libérer du stress ». Écharpe autour du cou, l’ancien vigile ajoute : « J’ai passé 15 nuits ici parce que je n’avais pas où dormir ».
Autre
lieu, autre activité. À 21 heures, sous le ponton de Front de Terre, c’est le
sport qui domine. Construit pour fluidifier le trafic, ce lieu est équipé de
matériel sportif, d’un parc de jeux pour enfants et d’autres installations.
Entre la gendarmerie de Front de Terre, le quartier Castors et la Cité des
Eaux, c’est ici que les férus de sport viennent s’entraîner. C’est le cas de
Sidy Diop : « Je viens ici tous les jours, sauf le week-end, pour faire du
sport », affirme le jeune coiffeur âgé d’une trentaine d’années.
De
part et d’autre du ponton, des scènes d’embouteillage se succèdent. Sur
l’espace multisports, Abdou Diallo et Moussa Dieng se livrent, sous le panier,
à un solide un-contre-un. « Nous sommes étudiants à l’Ucad. En tant qu’habitants
de Dieupeul, nous profitons de ces installations pour jouer au basket », répond
Abdou, tout en sueur.
Sur
la partie réservée au fitness, à la droite des basketteurs, l’ambiance est
dynamique. Des haut-parleurs diffusent une musique très rythmée qui contraste
avec le bruit des voitures. Seynabou Diop, une femme d’une cinquantaine
d’années, explique : « Je préfère venir ici pour mes entraînements, car
l’ambiance électrique me motive davantage. Si je suis à la maison, je ne fais
que dormir ».
Lamine Sow / Issa Diao
/ Djibril Guèye
Soyez le premier à commenter cet article.
Laisser un commentaire
Les champs obligatoires sont indiqués avec *