Ce n’est plus la peine de prendre certaines mesures de sécurité si elles entraînent d’autres formes d’insécurité. Après le terrible accident à Sikilo, l’État du Sénégal a pris 22 mesures, dont l’« interdiction de toute transformation des véhicules visant à augmenter les places assises pour les passagers ou à créer des porte-bagages supplémentaires ». Communément appelés « versailles », ces places ajoutées ont été supprimées des bus. L’objectif est d’éviter les accidents routiers.
Conscient de la responsabilité humaine, le nombre de transports est régulé pour éviter certaines collisions mortelles. Mais cette mesure est inefficace quand elle créé d’autres situations dangereuses. Ce n’est pas la mesure, mais les personnes qui en ont fait une mesure dangereuse. Le chauffeur ou l’apprenti n’accepte jamais que sa voiture soit complète devant le désir d’un voyageur.
En cette période de retour de la fête de la Tabaski, soyez un client potentiel, il vous fera monter dans son bus prêt à tomber au virage. Le passager, principal concerné et responsable, se laisse embarquer comme du bétail. Il n’a aucune patience d’attendre une voiture pouvant le transporter selon les normes de la sécurité routière. Une remarque qui devient une norme à chaque fois que nous prenons certains bus horaires des villes.
Tout bonnement, le client rejette la responsabilité sur l’apprenti qui a su bien faire son travail : celui de trouver des clients afin d’augmenter son profit. « C’est l’apprenti qui n’a pas été clair dans ses propos. Il nous a confirmé qu’une fois à Saint-Louis nous aurions une place », se plaint un jeune homme resté debout. « En plus, nous avons duré au garage, tous les bus sont pleins », suffoque-t-il de nouveau pour justifier son choix de voyager debout jusqu’à Tivaouane.
Plus d’une dizaine de personnes ont fait le voyage debout de Richard-Toll à Tivaouane ou Thiès. Sans siège d’appoint, ils s’engagent à rester debout, encombrant ainsi l’unique allée pour la mobilité des passagers. Par malheur, s'il y a collision, le bilan sera lourd. Déjà, pas de ceinture de sécurité dans le bus et tout l’espace de la voiture est occupé entre passagers et bagages. Pendant ce temps, les gendarmes, chargés de faire respecter les règlements routiers ou certaines mesures de sécurité, sont atteints de myopie ou font semblant d’ignorer la réalité.
Un jour, qui n’est nullement pareil aux lendemains de la Tabaski, à hauteur de Rosso-Béthio, un gendarme, ayant jeté un coup d’œil à l’intérieur de notre bus, ordonne aux passagers qui se tiennent debout de descendre de la voiture. Ils sortent tous. « Enfin un agent soucieux de ce danger et de la vie du citoyen insouciant ! » proclame de joie votre observatrice. « Hum, ils vont tous revenir, ce n’est que du bluff. Si les gendarmes faisaient convenablement leur travail de contrôle pour le respect des règlements, les chauffeurs et les apprentis n’auraient pas le courage de prendre encore des passagers », chuchote en désolation un passager habitué à de telles scènes. Après quelques minutes de pourparlers, ces passagers remontent dans le bus, mine de rien. Sans commentaire.
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