mercredi 13 mai 2026
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Reportage

Consultations médicales chez le tradipraticien Samba Ndiaye

Consultations médicales chez le tradipraticien Samba Ndiaye
Source: CESTI INFO
Une visite chez Samba Ndiaye, un tradipraticien réputé pour sa défense de la médecine traditionnelle, est l’occasion de rencontrer ses patients.

C’est au détour d’une ruelle près du poste de santé Hamo 5 que Samba Ndiaye, célèbre tradipraticien, exerce. Professeur de Sciences de la vie et de la terre, l’homme est réputé difficile d’accès, et défend bec et ongles la médecine traditionnelle. Le lieu où il reçoit ses patients est calme, fait face à un jardin occupé par des mécaniciens, sur une voie attenante au terrain de football de la cité.

Cela relève d’un véritable périple, nous confie pourtant Aissatou, femme d’âge mûr portant au dos son bébé.  A chaque fois qu’elle vient ici, c’est un problème d’accès à la ligne téléphonique qu’elle déplore. Oui, car Samba Ndiaye officie à son domicile. Pourtant, elle commence à appeler à partir de 21 heures, confie-t-elle à un homme de grande taille qui l’accueille.

Visiblement assailli par de nouveaux arrivants, il est chargé de leur suivi médical en tant qu’assistant de Samba Ndiaye. Un moment, Ibrahima, ainsi nommé par ses vis-à-vis, se tourne vers la dame portant le bébé au dos qui vient de l’appeler. Cette fois-ci, il lui explique qu’elle doit apporter les résultats de ses analyses médicales. C’est comme cela avec les diabétiques. Ici, les règles sont strictes. Aissatou parait un peu alarmée par cette injonction. Son interlocuteur ne lui laisse pas le temps de s’ébahir outre mesure. Lui-même est occupé à indiquer des prix des médicaments au téléphone.

Le fenugrec est vendu à six mille francs. En plus du prix de la consultation fixé à deux mille francs. Ces indications font écho au silence consterné des patients, assis en une longue file sur des chaises. Ils attendent un dénouement heureux à leurs préoccupations sanitaires, à 19 heures passées déjà.

Un projet de loi dans les tiroirs de l'Assemblée nationale

Dans la même cité du tradipraticien, trouvé chez lui, Modou Ndoye, un cardiologue, fait part de ses inquiétudes. Selon lui, la plupart des tradipraticiens ne vont pas au laboratoire pour tester leurs médicaments. Il n'y a pas en plus un respect strict des règles de la pharmacopée. Autant de facteurs qui retardent la reconnaissance professionnelle des tradipraticiens.

La seule issue de secours pour eux, c'est de collaborer avec la médecine normale, avance-t-il, de son ton posé, au milieu de ce salon au décor sommaire. Pourtant à cette question de savoir si c'est une collaboration de la part de Samba Ndiaye d'exiger des analyses médicales des hôpitaux à des patients, il montre une pointe d'agacement.  Et pour cause, il indique que le tradipraticien n'a pas les compétences pour interpréter les résultats médicaux. 

Après ces brefs échanges, Samba Ndiaye nous reçoit dans sa véranda. Sans détour, il indique qu’il n’y a pas vraiment d’avancées au projet de décret visant à créer un cadre légal et règlementaire aux praticiens de la médecine traditionnelle suivant la loi  2003 du 13 juin 2023. Ces derniers en attendent toujours les promesses.

C’est dans ce cadre qu’il est l’un des premiers à être contacté sous l’ancien régime par une des conseillères du président de la République. Il dit lui avoir remis un document de dix pages à travers lequel il a indiqué des éléments pouvant aider à concevoir un projet digne de ce nom, et illustrant aussi les possibilités, et les limites du phytothérapeute. Ceci, bien qu’ils respectent les règles de la pharmacopée au Sénégal. Depuis lors, une longue attente rythme leur quotidien de phytothérapeute.

Il dénonce d’un ton direct les lenteurs administratives. D’après une source que nous avons contactée du bureau des affaires juridiques de la médecine traditionnelle au ministère de la Santé, un projet de décret est déposé à l’Assemblée nationale.

Au Sénégal, des cadres comme le Prometra, organisation pour la promotion des médecines traditionnelles existent et sont appuyés par l’Unesco. Dans ce cadre, les tradipraticiens travaillent avec des médecins et des pharmaciens. Dans un contexte où 80 pour cent de la population africaine ont recours à la médecine traditionnelle selon l’OMS, les tradipraticiens attendent une reconnaissance professionnelle sous de meilleurs auspices…

Agnès Fatou Sene, Ciré Diallo, Assane Diop 

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Agnes Fatou Sene

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