Il est 17 heures ce samedi, comme chaque jour à la même heure, le débarcadère de Soumbédioune est animé par l’effervescence des populations au retour des pêcheurs. Dès l’apparition des premières pirogues, des hommes sur la plage se précipitent vers la rive afin d’aider les pêcheurs à retirer les pirogues de l’eau.
Avant même d’avoir atteint la terre ferme, les pêcheurs débarquent le poisson et les remettent aux déchargeurs (mareyeurs) mais aussi à quelques femmes qui les achètent pour les revendre.
Non loin du quai, derrière les pirogues, des tables, sur lesquelles des poissons de diverses variétés sont alignées en bordure de route. Des femmes s’attellent à l’écaillage du poisson et en ont fait leur activité quotidienne.
C’est plus qu’une simple bricole que font ces femmes mais bel et bien tout un secteur activités qu’elles ont mis en place leur permettant non seulement de subvenir à leur besoin, mais aussi de gagner leur vie dignement.
Mère Fat Loum est une écailleuse. La quarantaine, le visage fermé traduisant une fatigue manifeste, elle est assise sur un bidon en plastique adossée sur sa table qui se trouve à quelques mètres de la chaussée. Vêtue d’une robe ample rose et d’une charlotte noire sur la tête elle nous raconte comment elle est entrée dans ce métier.
« Ça fait aujourd’hui dix ans que j’écaille des poissons ici à soumbédioune », nous dit-elle d’un air fier et résilient. « Après mon divorce, je me suis retrouvée seule avec 3 enfants à nourrir sans travail. C’est là qu’une de mes tantes m’a amenée ici » nous confie-t-elle. Au début c’était juste pour pouvoir assurer la dépense quotidienne, mais mois après mois la dame avoue y avoir trouver son compte.
Un profit incertain
« Nous n’écaillons pas par kilos mais par tas », renseigne-t-elle. Le service d’écaillage n’a pas de prix fixe ou de règlementation précise. Les clients apportent leur poisson pour l’écaillage, de là, le prix du service se négocie sur place. « Il y a des jours où la recette est très bonne, tout comme il y a des jours où on ne gagne presque rien ».
Fat Loum nous confie que lorsqu’elle remplit une journée de travail, elle encaisse approximativement 20 mille francs cfa. Il y a des journées les recettes engrangées atteignent 6 à 10 mille francs cfa. Enfin, des journées moins bonnes où la recette frôle à peine 5 mille francs cfa.
Non loin de la table de Fat Loum, une autre écailleuse en pleine activité, bien plus âgée cette fois-ci, attire la curiosité. Assise sur une table, la femme est concentrée sur ce qu’elle fait. Dans ses mains, un assez gros poisson qu’elle tient bien fermement d’une main et de l’autre, un grattoir constitué d’une manche en bois et d’une paroi métallique crochue permettant de retirer les écailles.
La sexagénaire nous explique qu’elle fait ce travail depuis plus de 40 ans. « J’avais environ 21 ans quand je me suis lancée dans cette activité, j’en ai vu des générations passées par-là ». En quarante années, la dame a vu des familles se construire, des relations se tisser, des histoires s’écrire. « J’ai construit ma maison avec l’argent de ce travail », retorque-t-elle d’une posture fière.
C’est plus qu’une maison pour elle, c’est le fruit de lourds sacrifices, de dur labeur, de résilience surtout, nous fait elle comprendre. Un foyer chaleureux qui témoigne qu’il n’existe aucun sot métier dans ce monde.
Une association organisée
Ces femmes ont créé une association qui les regroupe leur permettant de mettre en place une mutuelle. Cette association a pour but de venir en aide à l’une d’elle en cas de maladie ou même en cas de décès d’un membre de leur famille. Elle est composée d’une caisse épargne dans laquelle chacune d’elle fait un versement mensuel de 15 mille francs CFA. Enfin, elle régularise les marchandages entre écailleuses et pêcheurs favorisant la fluidité des rapports interactionnels au débarcadère.
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