Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amenée à occuper ce poste ?
J'ai débuté ma carrière journalistique au Sénégal en 2007, en collaborant avec plusieurs médias locaux (Canal Infos News, Le Soleil, TFM, Enquête). Diplômée du CESTI (37e promotion, 2009), j'ai ensuite rejoint en 2011 le CORAF, une organisation internationale spécialisée dans la recherche agricole, en tant que responsable de la communication de huit projets financés par Australian Aid. Cette expérience m'a permis de parcourir l'Afrique de l'Ouest et de développer mes compétences en journalisme et communication institutionnelle.
En 2015, j'ai intégré le bureau de la BBC à Dakar en tant que journaliste digitale, puis en 2017, j'ai occupé le poste de rédactrice en chef adjointe du service digital. En 2018, après avoir réussi un examen pour le Roster Public Information Officer des Nations Unies, j'ai rejoint la Monusco en novembre 2021 en tant que porte-parole adjointe. Sept mois plus tard, à la suite de l'expulsion de mon prédécesseur, j'ai été nommée porte-parole. Ce poste exige de solides compétences en communication de crise dans un contexte hautement complexe et politiquement sensible.
En quoi consiste votre rôle de porte-parole de la Monusco ?
Mon rôle principal est d'expliquer la mission, ses actions et ses mandats aux médias, aux autorités congolaises, aux partenaires et aux populations. Cela inclut la gestion des relations avec les médias, la production de communiqués et d'éléments de langage, ainsi que l'animation de conférences de presse. Un aspect essentiel de mon travail est la lutte contre la désinformation et les discours de haine, ainsi que le conseil en communication stratégique à la direction de la Monusco.
Qu'est-ce qui distingue la communication en mission de maintien de la paix ?
La communication dans un contexte de maintien de la paix est particulièrement délicate. Contrairement à une communication institutionnelle classique, elle s'opère dans un environnement marqué par des tensions et des conflits armés. Il ne s'agit pas seulement d'informer, mais aussi de rassurer et de sensibiliser. Les messages doivent être adaptés aux différentes audiences : populations locales, institutions congolaises et siège des Nations Unies. La réactivité et l'adaptabilité sont essentielles, notamment face aux crises et aux campagnes de désinformation.
Comment décrivez-vous les conditions de travail au sein de la Monusco ?
Intenses ! Il n’y a pas d’horaires fixes. L’actualité dicte notre rythme et nous sommes en alerte permanente. Lors de la prise de Goma, par exemple, nous avons travaillé sans relâche pendant 48 heures : interviews en série, gestion des crises de communication, coordination avec les équipes de terrain… Parfois, on n’a même pas le temps de manger ou d’appeler nos proches. Mais c’est un métier de passion et d’engagement, alors on tient bon. Nous collaborons étroitement avec les sections politiques, militaires et de protection des civils pour assurer une communication coordonnée et efficace.
Votre travail comporte-t-il des risques sécuritaires ?
Oui, la sécurité est un enjeu majeur. Nous sommes parfois exposés à des menaces, notamment lors de déplacements en zones à risque. Nous suivons des protocoles stricts et collaborons avec les forces onusiennes pour minimiser ces risques.
Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face ?
L'un des plus grands défis est la montée du sentiment anti-Monusco, alimenté par certains acteurs exploitant l'hostilité à des fins politiques. Une partie de la population a des attentes disproportionnées par rapport au mandat de la mission, ce qui génère des frustrations et des critiques.
Comment gérez-vous la communication en temps de crise ?
La réactivité et la transparence sont cruciales. En cas d'attaque ou de manifestations violentes, nous devons rapidement élaborer des messages clairs et factuels pour contrer la désinformation et rassurer les populations.
Quelles sont les ressources mises à disposition pour assurer une communication efficace malgré ces défis ?
Nous disposons d’une équipe spécialisée dans la surveillance des médias et des réseaux sociaux, ce qui nous permet d’identifier rapidement les tendances et de répondre aux campagnes de désinformation. Nous avons également un réseau de radios communautaires et de médias partenaires avec qui nous collaborons pour diffuser des messages factuels.
Y a-t-il des différences entre travailler dans la capitale Kinshasa et dans d’autres provinces plus exposées aux conflits ?
Absolument ! À Kinshasa, le travail est plus institutionnel, avec un accès direct aux autorités et aux médias nationaux. En revanche, dans l’est du pays, où les tensions sont plus vives, la communication est plus délicate. Il faut adapter les messages aux réalités locales et parfois gérer des situations où nos équipes sont directement prises pour cible.
Comment gérez-vous la pression et les critiques, notamment celles venant de la population ou des médias ?
Avec beaucoup de recul et de professionnalisme. Il faut comprendre que les critiques viennent souvent d’une frustration légitime des populations face à l’insécurité et aux défis humanitaires. Notre rôle est d’expliquer, pas de nous justifier, et surtout de montrer les efforts réels qui sont faits.
Quelles sont les initiatives mises en place pour soutenir le bien-être du personnel de la Monusco ?
Le bien-être du personnel est une priorité. Nous avons des dispositifs de soutien psychologique, notamment pour ceux qui travaillent dans des zones à haut risque. Nous organisons aussi des formations pour renforcer la résilience et des activités sociales pour permettre aux équipes de souffler.
Quels conseils donneriez-vous à un communicant souhaitant travailler pour une mission onusienne ?
Il faut être adaptable, réactif et capable de travailler sous pression. La communication en mission de paix demande une excellente connaissance du contexte local, une capacité à gérer la désinformation et un sens aigu de la diplomatie. Une expérience préalable dans le journalisme, la communication de crise ou les relations internationales est un atout.
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