Long de 4 km pour 800 m de large, le lac Retba au Sénégal, plus connu sous le nom de lac Rose, est situé à une quarantaine de kilomètres de Dakar, séparé de l’océan Atlantique par une étroite dune de sable, et connu par la couleur rose due à la forte concentration en cyanobactéries de ses eaux. Le sel du lac Rose est un pesant d’or pour les populations et les travailleurs du Lac.
Depuis les années 1970, le lac Rose est le plus gros site d’extraction de sel en Afrique de l’Ouest. L’extraction du sel est un travail à la chaine contrôlé du début à la fin. Trouvé dans un bureau bien climatisé diffèrent de la chaleur du dehors, habillé d’une chemise marron beige le président de la coopérative des exploitants du sel de lac Rose, Maguette Ndiour explique « l’extraction du sel est un long processus qui passe par d’abord par la phase de ramassage uniquement fait par les hommes, les femmes s’occupent du déchargement, le stockage, la phase d’iodation et la commercialisation ».
Le trésor caché sous l’eau
Embarqué dans une pirogue pour joindre le milieu du Lac, on voit une silhouette noire au mouvement dense sous le soleil ardent. C’est Seydou, racleur de sel, casquette sur la tête, très costaud teint noir et imposant pelle à la main fait des rotations dans l’eau pour sortir l’or blanc. Dos courbé, torse nu, l’eau jusqu’à la poitrine, il remue le fond du Lac pour briser la croute de sel. Avant de passer plusieurs heures dans le lac, les racleurs prennent leurs précautions. Pour Seydou extraire le sel n’est pas facile « c’est la teneur en sel qui nous oblige à se protéger avec du beurre de karité avant d’entrer dans l’eau pour atténuer les effets très corrosifs de l’eau salée. La montée des eaux du lac fait que ce travail demande de plus en plus d’efforts ».
Pour s’adapter des stratégies ne manquent pas. Malgré le niveau du lac qui inquiète, le génie des racleurs de sel dépasse la créativité dans l’eau pour extraire le sel. Installé sur une échasse fabriquée en fer et des pairs de chaussures tic-tic attachés sur chacun, panier sur la tête la dureté du métier ne semble pas affaiblir Seydou. Selon lui auparavant le sel était en abondance mais aujourd’hui il faut travailler plus pour remplir une barque.
photo Seydou racleur de sel
Passation de témoin
Il est 14h 30, un moment idéal où les pirogues commencent à accoster sur le rivage .Aussitôt, commence le ballet des femmes bassine sur la tête entre les barques et la plage pour déposer le sel au bord du lac. Avec un rythme soutenu, les femmes travailleuses du sel montrent un travail d’orfèvre et un savoir-faire dans leurs mouvements incessants. Foulard sur la tête, main bien gantées, de chaussures tic-tic les pieds protégés par des chaussettes. Ndèye Astou Fall porteuse de sel décrit leurs conditions de travail « depuis dix ans je fais ce métier, je compte que sur le sel pour nourrir ma famille. Ce travail est pénible et mal rémunéré il n’y a pas de prise en charge. On est obligé de travailler pour survivre». Regards égarés des touristes prennent des photos de ces braves femmes qui pour ne pas se perdre dans leur calcul déposent un caillou à chaque bassine de sel versée. D’après Ndèye Astou les femmes sont payées 50 franc CFA pour chaque bassine de sel transportée.
photo Ndeye Astou fall transportant du sel
« 3000 mille familles dépendent de l’extraction du sel»
D’après Maguette Ndiour depuis aout 2022 l’activité de l’extraction du sel tourne au ralenti. D’un air furieux, il dénonce le drainage des eaux des inondations de la banlieue dakaroise à travers le canal affecte le niveau du lac et freine l’activité de l’extraction du sel dont dépendent plus de 3000 mille familles. Il ajoute « la profondeur des eaux du lac rend une baisse notoire de la production du sel. Cette situation entraine un abandon des sénégalais de l’activité de l’extraction du sel au détriment des étrangers comme les maliens, burkinabés ou guinéens à cause des mauvaises conditions de travail ».
Si l’extraction du sel est une activité phare du lac Rose, le désespoir est le maitre mot des acteurs du lac.
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