Il y a des nouvelles politiques qui laissent indifférent jusqu’à leur expiration dans l’espace public. Mais il y en a de ces nouvelles, même si elles vous paraissent lointaines, vous ne pouvez pas être indifférent, tant l’enjeu est majeur. Par décret, le président de la RépubliqueBassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions du premier ministre Ousmane Sonko, et de son gouvernement. Par conséquent, depuis le vendredi 22 mai l'incertitude plane sur l’avenir politique du pays, marquant ainsi une nouvelle tournure teintée de désolation et de déception.
Aux dernières élections présidentielles, le tandem Sonko-Diomaye a vendu au peuple sénégalais un modèle de politique basé sur l’amitié, la sincérité, le patriotisme, la dignité, le respect de l’autre, des valeurs familiales et traditionnelles, etc. L’espoir d’une amélioration et d’un changement de la politique politicienne, vieille de plus de 60 ans, a germé dans le cœur de beaucoup de Sénégalais au soir du 24 mars 2024. Voir une division au sommet de l’État entre le président et son Premier ministre, à une heure fatidique où l’économie du pays est fiévreuse et où le monde devient de plus en plus instable, refroidit toute espérance de développement.
C’est dommage qu’à l’heure où les pays du monde réfléchissent à de nouvelles stratégies de développement et que des chercheurs en sciences sociales ou en sciences dures sont encouragés à produire de nouveaux résultats scientifiques, nous plongions, comme d’habitude, dans des dissidences politiques. À l’heure où notre pays est médiatiquement attaqué par l’Occident à cause de sa conviction sociopolitique de condamner tout acte contre nature, notamment l’homosexualité, pour préserver sa population de toute turpitude, le tandem, au lieu de se constituer en bloc et de dépasser toute indifférence politique, s’effrite. Comme le dit une chercheuse en tourisme à l’université d’Angers : « Ils pouvaient nous épargner cela. Le peuple n’en a pas besoin. »
D’ailleurs, Ousmane Sonko, scandé devant sa maison au soir de son limogeage, polarise l’atmosphère politique sénégalaise depuis 2021. L’on a le sentiment d’un éternel recommencement, d’un retour à la case départ. L’ombre de ces trois années s’aperçoit sous les manteaux d’une dualité politique qui se dessine. La dualité politique a toujours conduit un pays dans une dérive chaotique.
Les camps se forment et
chacun est prêt à agir pour son propre compte alors que l’intérêt du peuple,
l’intérêt collectif est en veille. L’on se souvient de la dualité historique
entre Mamadou Dia et Léopold Sédar Senghor. Cela n’a pas conduit le Sénégal à
une meilleure gestion, mais plutôt à un héritage politique vacillant où l’intérêt collectif du Sénégal est relégué au dernier plan. Dia avait une
politique astucieuse pour un développement endogène. Sa vision sociale du pays
aurait pu être bénéfique pour nombre de Sénégalais s’il n’y avait pas cette
rivalité politique personnelle. Des Sénégalais ont vu en lui une
menace à leurs intérêts.
Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée
nationale, semble maintenir la barque contre toutes les marées d’un système
politique qu’il combat. Quant au président Bassirou Diomaye Faye, il incarne un
héritier de la République qui a l’obligation morale de maintenir la cohésion
nationale, quitte à accueillir ses anciens détracteurs. Pendant ce temps, l’on
se pose la question de savoir : lequel des deux milite pour l’intérêt du peuple
? Ce peuple qui n’a plus rien à offrir aux politiques.
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