mercredi 22 juillet 2026
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Entretien avec Fatou Ndiaye, étudiante au Cesti, sélectionnée pour l’École d’été d’écriture et de journalisme

Entretien avec Fatou Ndiaye, étudiante au Cesti, sélectionnée pour l’École d’été d’écriture et de journalisme
Source: CESTI INFO
Première femme sénégalaise sélectionnée pour l’École d’été d’écriture et de journalisme (EEEJ) de Cotonou, Fatou Ndiaye représentera le Sénégal à cet événement qui se tiendra du 27 juillet au 8 août 2026 au Bénin. Dans cet entretien, elle revient sur les exigences de sa sélection et la responsabilité d'ouvrir la voie aux futures générations.

Depuis la première édition en 2023 à celle d’aujourd’hui, vous êtes la première femme sélectionnée pour l’École d’été d’écriture et de journalisme (EEEJ). Quel sentiment vous anime après cette consécration ?


C’est un sentiment à la fois d’honneur et de responsabilité. Représenter le Sénégal à l’École d’été et d’écriture en journalisme est déjà une fierté en soi, mais être la première femme à le faire depuis la création de ce programme en 2023 ajoute une dimension particulière. 


Aujourd’hui, je ne porte pas seulement mon propre parcours, je porte aussi en moi, la preuve qu’une place existe pour les femmes dans ce type d’espace. Je veux que cette sélection ne reste pas un cas isolé, mais qu’elle ouvre la voie à d’autres étudiantes du Cesti, d’autres femmes, d’autres Sénégalaises. 


Au-delà de la consécration personnelle, c’est surtout une invitation à me montrer à la hauteur : affiner mon écriture, questionner davantage, et revenir avec des outils que je pourrais transmettre.


Seuls quinze candidats ont été retenus à l'échelle de toute l’Afrique francophone à l’issue d’un processus sélectif et exigeant. Selon vous, quels ont été les facteurs déterminants de votre candidature qui ont su convaincre le jury ?


Plusieurs facteurs ont joué en ma faveur. D’abord, il y a mon projet d’article, qui s’inscrivait directement dans la thématique choisie pour cette édition. Ensuite, mon curriculum vitae, qui retrace mon cheminement avec l’écriture depuis plusieurs années.

 

Ce n’était pas juste une liste d’expériences, c’était la preuve d’une passion construite dans la durée. Au fond, je pense que cela s’est vu sur les résultats finaux. Il y avait aussi le texte de trois pages qu’on nous demandait de produire. C’était également l’occasion pour le jury de juger concrètement la qualité de ma plume et mon niveau de langue rajouté au bonus apporté par mon curriculum vitae.

 

Enfin, le passage de la dernière étape du processus : l’entretien avec le jury. Cette partie a sans doute permis de confirmer mon potentiel et entériné ma sélection parmi des milliers de candidats. Au final, je demeure persuadée que c’est la cohérence entre ces quatre éléments à savoir le projet, le parcours, l’écriture elle-même et l’échange direct qui ont fini par convaincre le jury.


Pour cette quatrième édition axée sur le thème « Flash, Clap et Patrimoine », vous avez choisi d'interroger la mémoire du massacre de Thiaroye à travers le film emblématique d'Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow. Pourquoi ce choix, et comment comptez-vous concilier la démarche artistique du cinéma avec la rigueur de l'enquête journalistique ?

 

Ce choix s’est imposé assez naturellement dès que j’ai vu le thème de cette édition. Camp de Thiaroye, d’Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow, m’a semblé être l’exemple parfait de ce que « patrimoine » et « clap » peuvent signifier ensemble.

 

C’est un film qui a fait œuvre de contre-histoire à une époque où le récit officiel sur le massacre des tirailleurs africains restait flou, verrouillé, ou tout simplement absent. Le cinéma, ici, a devancé l’histoire. Il a posé une mémoire là où l’historiographie tardait encore à le faire. Je souhaite interroger ce décalage : comment une œuvre artistique a pu porter une vérité avant que les archives ne la rattrapent.

 

Concilier la démarche du cinéaste avec celle du journaliste, c’est justement le cœur de mon travail. Je ne pars pas du film comme une preuve, mais comme un point de départ que je dois confronter à l’histoire, aux archives disponibles, à des personnes ressources, à une documentation aussi large que possible.

 

L’objectif n’est pas de trancher à la place du lecteur, mais d’exposer les faits avec la plus grande objectivité possible et de lui laisser la liberté de se forger sa propre opinion. C’est cette tension entre le geste artistique de Sembène et la rigueur de l’enquête qui, je crois, donne à cet article tout son intérêt.

 

Vous rappelez fort justement que la reconnaissance officielle du massacre de Thiaroye est intervenue en 2024, soit bien après l'œuvre d’Ousmane Sembène. En quoi le journalisme contemporain peut-il, à l'instar du cinéma d'auteur, servir de levier pour la réappropriation de notre mémoire collective et la déconstruction des récits officiels ?

 

Le cinéma d’auteur, comme celui d’Ousmane Sembène, agit par la fiction et l’émotion. Il installe une mémoire alternative dans l’imaginaire collectif, souvent avant que les historiens ou les États n’osent le faire.

 

Le journalisme contemporain, lui, ne dispose pas des mêmes outils narratifs, mais il a une force complémentaire notamment celle de la preuve, de l’archive, du témoignage recoupé. En ces temps qui courent, là où le film ouvre une brèche symbolique, l’enquête journalistique vient la documenter, la vérifier, lui donner une assise factuelle que l’institution ne peut plus balayer d’un revers de main.

 

D’ailleurs, je pense que c’est précisément dans cette alliance que se joue la réappropriation de la mémoire collective : le récit officiel se déconstruit rarement par la seule dénonciation, il se déconstruit quand on lui oppose des faits vérifiés, remis dans leur contexte, et rendus accessibles au plus grand nombre. C’est ce que j’essaie de faire à mon échelle avec ce projet. Utiliser la rigueur journalistique pour prolonger, et non simplement commenter, le geste que Sembène avait posé avec sa caméra.


Vous partagerez cette résidence de création à Cotonou avec un autre diplômé du Cesti, Thierno Ndiaye. Comment comptez-vous faire valoir la qualité de la formation journalistique sénégalaise lors de ces deux semaines d'échanges avec les autres talents du continent ?

 

Je pense que la meilleure façon de faire valoir la formation du Cesti, ce n’est pas d’en parler, mais de la mettre en pratique. Dans la rigueur de la méthode, la précision de la question, la capacité à structurer une enquête même dans un cadre de résidence de création.

 

Le Cesti nous forme à une exigence particulière : croiser les sources, questionner nos propres présupposés, ne jamais nous contenter d’un récit tout fait. C’est cette discipline-là que je veux incarner pendant ces deux semaines à Cotonou, dans les échanges avec les autres talents du continent.

 

Le fait de partager cette résidence avec Thierno Ndiaye, diplômé de la 53e promotion, est aussi une chance. À deux, on peut montrer une cohérence de formation, une manière commune d’aborder le travail journalistique, sans pour autant donner l’impression d’une école qui formate.

 

Au contraire, montrer que cette rigueur laisse toute la place à des sensibilités et des projets très différents, comme le sien et le mien. Enfin, je crois beaucoup à l’échange horizontal. Je viens autant pour apprendre des pratiques des autres pays francophones que pour partager les nôtres.

 

La qualité d’une formation se juge aussi à la capacité de ses diplômés à rester curieux, à écouter d’autres façons de faire, tout en gardant des repères solides. C’est cet équilibre-là que je veux illustrer.

 

Vous abordez ce rendez-vous de Cotonou comme un point de départ pour acquérir de nouveaux outils. De quelle manière comptez-vous réinvestir les compétences acquises durant cette résidence au bénéfice de la presse nationale et de vos pairs au Cesti ?

 

Cotonou, pour moi, n’est pas une fin en soi, c’est un point de départ. Concrètement, je pense à deux niveaux. D’abord auprès de mes pairs au Cesti : partager les outils, les techniques d’enquête ou les façons de traiter la mémoire et le patrimoine que j’aurai vues à l’œuvre chez d’autres jeunes journalistes du continent, à travers des restitutions informelles, des échanges ou encore des ateliers.

 

On a beaucoup à gagner à confronter nos pratiques avec celles d’autres écoles francophones plutôt qu’à rester dans notre seul cadre de référence. Ensuite, pour la presse nationale, je veux réinvestir toutes mes compétences afin de servir au métier.

 

Produire un journalisme d’enquête sur notre propre histoire, avec des méthodes affinées, et montrer que ce type de travail exigeant a sa place dans nos médias, pas seulement dans les grandes rédactions internationales.

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Mamadou Elhadji LY

Mamadou Elhadji LY

Presse Ecrite

Je suis Mamadou Elhadji LY. Journaliste en 3ème année de formation au CESTI, je m’intéresse à beaucoup de domaines de l’actualité dans le monde, en Afrique et le Sénégal. Je suis passionné des sujets en rapport avec la culture et l'économie.

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