Comment analysez-vous la décision du jury d’appel de la CAF de donner la victoire au Maroc sur tapis vert en finale de la CAN 2025, un mois après la finale ?
C’est
une décision inédite. On n’a jamais vu dans l'histoire du football, que ce soit
à la FIFA ou dans les confédérations, une décision de cette nature intervenir
un mois après la clôture d’une compétition. Cela ne donne pas une bonne image
au football africain. En réalité, il y a qu’en Afrique qu’on peut prendre ces genres
de décisions là. Le résultat acquis sur le terrain doit être validé et accepté
par tous. Le Sénégal a gagné sur le terrain, et on vient, par des artifices
juridiques qui ne reposent sur rien de solide, retirer un trophée qui a déjà
été soulevé. C'est un précédent extrêmement dangereux qui ouvre la porte à
toutes les dérives.
Quelle lecture faites-vous de la gestion de la CAF ?
La gestion de la CAF aujourd'hui est
caractérisée par un pilotage à vue et un amateurisme qui ne dit pas son nom.
Nous sommes face à une instance qui est devenue le jouet de certains lobbies et
de certaines influences. Cette décision montre que la CAF ne respecte même plus
ses propres textes, encore moins l'éthique sportive. C'est une confédération
qui se discrédite chaque jour un peu plus aux yeux du monde. On est dans une
insécurité juridique totale où les résultats acquis sur la pelouse peuvent être
gommés dans des bureaux climatisés des semaines plus tard.
Quelles
réformes structurelles, devront être entreprises, pour restaurer la confiance
des acteurs du football africain envers la CAF ?
La première réforme, c'est l'indépendance
réelle des organes juridictionnels. Il faut que les commissions de discipline
et d'appel soient composées de magistrats et d'experts totalement indépendants
des pouvoirs politiques et des influences des fédérations. La deuxième réforme
structurelle majeure, c'est la transparence dans les processus de décision. On
ne peut plus accepter que des décisions d'une telle importance soient prises en
dehors de tout cadre contradictoire et sans une communication claire sur les
fondements juridiques. Enfin, il faut une réforme de la gouvernance pour
limiter l'influence démesurée de certaines fédérations sur l'appareil
administratif de la CAF. Tant qu'on n'aura pas instauré une culture de
l'éthique et du respect strict des textes, la confiance ne reviendra pas.
Le
Sénégal doit-il être optimiste quant à une possibilité de récupérer son trophée
à l'issue de son appel au tribunal arbitral du sport (TAS) ?
Le
Sénégal a toutes les raisons d'être optimiste. En général le tribunal arbitral
du sport ne revient pas sur les décisions acquises sur le terrain à l’issue du
temps réglementaire validé par le rapport de l’arbitre à moins qu’il y ait des
faits de corruptions ou de paris avérés. Si cette situation arrive, le TAS peut
faire rejouer le match mais il ne s’agit pas le pour la finale de la Can, le
match est allé à son terme bien que y a eu un incident malheureux. Le dossier
juridique est solide, car on ne peut pas changer les règles du jeu après que le
match a été sifflé. Le Tribunal Arbitral du Sport est une instance indépendante
qui juge sur le droit et uniquement sur le droit, loin des pressions politiques
que l'on peut voir au sein de la CAF. La jurisprudence en la matière est claire
: un trophée acquis sur le terrain par le mérite sportif ne peut être retiré
pour des raisons administratives invoquées a posteriori. Si le droit est dit,
le Sénégal retrouvera son titre.
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