samedi 7 mars 2026 -
Connexion
EN CONTINU
Reportage

Quand les chats s’invitent au restaurant Centrale de l'UCAD

Quand les chats s’invitent au restaurant Centrale de l'UCAD
Source: CESTI INFO
Au weekend, le campus social de l’Université Cheikh Anta Diop se désemplit. Le département de la restauration voit moins d’étudiants, et le Restaurant central apparaît clairsemé aux heures de repas. C’est le moment idéal pour les chats du campus de venir se restaurer. Notre reporter s’y est rendu pour observer la scène.

Au rez-de-chaussée du pavillon A, la vieille bâtisse qui arbore fièrement à son flanc l’image de Cheikh Anta Diop, à un jet de pierre du COUD, se donne à voir le Restaurant central. Les visiteurs qui y entrent sont vite frappés par l’architecture gothique de la cave. Une file se dresse à l’entrée. C’est l’heure du diner. En cette soirée de samedi, la plupart des étudiants ont déserté le campus social. Certains passent le weekend dans les quartiers, d’autres misent sur des virées nocturnes pour se remettre de la lourde fatigue de la semaine.

 Devant le portillon ouvert aux étudiants, un rang, moins serré que d’ordinaire, s’avance avec fluidité vers le contrôleur de tickets. Un jeune homme à la mise  débraillée récupère les passes. De l’autre côté, un matou et une minette viennent de s’introduire par l’entrebâillement de la porte latérale. Les félins très sûrs d’eux comme sur un terrain conquis se déplacent en déployant toute la souplesse de leurs corps. Les mammifères au pelage duveté se faufilent entre les étudiants.

Une jeune fille, visiblement séduite par l’embonpoint que dégage ces carnivores domestiques leur lance un morceau de poisson. Le matou bondit sur le morceau, le grignote, et le mastique par portion. Ni la forte musique qui emplit la salle, ni les va-et-vient des étudiants ne semblent effrayer ces félins. Le gros chat  poursuit son travail de digestion, qui commence directement dans l’estomac, à en juger par sa convulsion abdominale. Abdoulaye occupé à racler le fond de  son assiette ne semble pas incommoder par la présence insolite de ces félidés.

« Ils me dégoutent, ces chats ! »

« Mousse ! Mousse ! », l’étudiant en médecine attire l’attention de la minette par un claquement de doigts, avant de lui balancer une arête de poisson. Sur ce coup, l’animal fait la fine bouche. Elle se contente de la renifler, se pourlèche les babines et ses pattes postérieures, puis se dirige vers un groupe de quatre jeunes filles. Visiblement habitué aux carasses, l’animal vient de se frotter au pied d’une des nymphes. Apeurée par ce contact inattendu, l’étudiante laisse éclater un cri assourdissant et saute sur la table attenante. « Ils me dégoutent, ces chats ! » s’écrie-t-elle. Sanglée dans un étroit jean bleu, et un bustier à l’avenant, Sokhna quitte la table, furax. Elle laisse derrière elle une assiette à peine entamée.

Le tumulte qui s’en est suivi a momentanément perturbé l’appétit de la salle. Si les uns sont irrités par la réaction de la fille, qu’ils  jugent exagérée, les autres ont trouvé anormal qu’on puisse laisser les chats partager le resto avec les étudiants aux heures de repas. « Ils sont très négligents ici. Les chats se faufilent entre les étudiants dans l’indifférence totale du personnel du resto. Ce n’est pas normal !» fulmine  Babacar, en sortant du resto.

Les serveuses, qui n’ont pas raté une miette de l’incident depuis leur comptoir, semblent se réjouir de la frousse que les nouveaux colocataires du resto suscitent chez les étudiants. Maïmouna est l’une d’elle : « ça ne me gêne pas de donner à manger aux chats. Au lieu de laisser trainer la nourriture ici, et les faire sortir après, autant la partager avec ces animaux. Apres tout, c’est des êtres comme nous. Les morceaux de pain abandonnés çà et là leur suffisent de ration », nous confie-t-elle toute débonnaire. Cette étrange cohabitation n’est pas du goût de Massiré, un étudiant du Cesti : « A cause des chats, je ne fréquente plus le restaurant central, car ils me donnent le frisson. Rien qu’à leur voir à côté de moi, j’ai la nausée ».

La sensation du toucher

Les avis divergent quant à la présence des chats dans les restaurants  universitaires. Il y en a qui trouvent normal que les chats passent manger au resto, car c’est des êtres vivants comme nous, en plus d’être des auxiliaires utiles à l’homme. C’est le cas de Modou qui ne se gêne pas de caresser le pelage ondulant de la chatte, qui s’agenouille sous sa table. Visiblement satisfaite par ce geste, la minette cligne des yeux et se laisse aller à la sensation du toucher au point de perdre de vue le matou, qui ne semble pas se préoccuper de la présence humaine. Le chef de file slalome entre les jambes des étudiants avant de se mettre en retrait pour observer une sorte de rituel fréquent chez les félidés. Il se pourlèche les deux pattes postérieures, s’assied sur son train arrière et plonge dans une sorte de méditation.

Parallèlement, sa compagne évolue de compartiment en compartiment dans l’espoir de trouver d’autres étudiants disposés à lui appliquer la même caresse. Le félin semble reconnaitre des gens qui sont favorables à sa présence. Il observe un temps avant de s’approcher des tables qui sont disposées à l’aile gauche du resto. Là-bas,  un étudiant apparemment  prêt à lui porter un coup, se déchausse. A l’aspect de Amssoulé, la bête détale avant de disparaitre par le couloir qui mène au jardin du pavillon A. D’un air dépité, tenant sa thermos de café soigneusement en main, l’étudiant en philo ne veut pas s’accommoder de ces nouveaux locataires, et ne s’en cache guère : « Doomé … yi ! Ces chats-là  me dégoutent. »

Quant au matou, il finit son rituel. D’une démarche féline pleine de grâce, il quitte son nouveau réfectoire. Bien en chair, le félin arbore un mélange de couleurs, fait de blanc et de gris, qui renferme son corps adipeux. Ses griffes rétractables adaptées à la mise à mort des petites proies auront le temps de bien pousser, et les oiseaux et autres  petits rongeurs qui passent dans son programme culinaire auront le temps de poursuivre tranquillement leur croissance. 

Mots-clés :
Aucun mot-clé
Mamadou Famolo Diarra

Mamadou Famolo Diarra

Television

Étudiant en troisième (journalisme), je suis passionné de l'information et de l'audiovisuel. Restez connecter pour être au coeur de l'actualité africaine et mondiale.

Soyez le premier à commenter cet article.

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Footer Moderne - CESTI INFO