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Reportage

Le difficile quotidien des étudiants vivant hors du campus social à Dakar

Le difficile quotidien des étudiants vivant hors du campus social à Dakar
Source: CESTI INFO
Trouver un logement décent et vivre convenablement dans la capitale sénégalaise sont de véritables casse-tête pour de nombreux étudiants non bénéficiaires des logements du campus universitaire de l’UCAD. Face aux conditions de logement difficiles, adossées à un coût de la vie élevé, chaque jour qui passe est un défi à relever pour ces apprenants.

  En  période de rentrée académique, le stress prend le dessus sur l’enthousiasme habituel. A la Médina, un quartier populaire de Dakar non loin de l’université, de nombreux présidents d’amicale sont à l’affut  de logements disponibles pour l’accueil de nouveaux bacheliers. Moussa Sall, étudiant en master en communication, est du lot. C’est à la devanture d’un immeuble de logements étudiants, à la rue 29, que nous entamons le tour du quartier avec celui qui, depuis un moment sillonne la zone tous les jours.

« Nous vivons dans un appartement qui nous coûte 2,7 millions francs CFA chaque année mais ne peut malheureusement accueillir qu’au maximum 20 étudiants. Or, nous recevons environ 50 demandes de logement à chaque rentrée. Cette situation crée une forte pression et une frustration chez les étudiants », déplore Moussa Sall.

Pour ce président, trouver un logement pour chaque nouvel étudiant est une nécessité pour des questions de sécurité. Car, selon lui, les nouveaux sont vulnérables, surtout les filles qui sont souvent des proies faciles pour les prédateurs présents dans les amicales estudiantines. « J’ai eu connaissance récemment du cas d’une jeune fille qui, faute de ressources suffisantes, s’est sentie obligée d’accepter les avances peu commodes d’une personne en position de pouvoir pour obtenir une place au sein des locaux estudiantins », raconte-t-il d’un air inquiet.

  Trouver un logement n’est pas chose aisée. A titre comparatif, une chambre avec des commodités modestes se négocie en moyenne à partir de 60 000 francs CFA tandis que la bourse entière pour un étudiant en niveau licence s’élève à 40 000 francs CFA.

D’une rue à une autre, Moussa semble être attiré que par des immeubles vétustes. Car, selon lui, les immeubles neufs et en bon état sont un luxe qu’il ne peut se permettre du fait de la cherté. Mais aussi parce que « les bailleurs sont souvent réticents à louer aux amicales estudiantines, ce qui réduit nos options. Les rares appartements et chambres que nous parvenons à obtenir sont couteux et très exigus et ne peuvent accueillir qu’un très petit nombre d’étudiants », se désole Moussa.

Promiscuité

  Cette situation difficile pousse beaucoup d’étudiants à chercher plus loin, comme à Ouakam, un quartier situé à quelques kilomètres de l’université. A l’image de Kadia Sall, une étudiante en génie civil et actuellement en collocation. « Nous avons rencontré beaucoup de difficultés, pendant plusieurs mois, pour trouver un logement. Nous avons cherché sans succès. A chaque fois, le courtier nous appelait pour visiter une chambre mais de nombreux propriétaires refusent de louer à des Sénégalais », dit-elle.

Après un véritable marathon, elle s’est retrouvée  à Ouakam. « Finalement, nous avons trouvé une chambre, mais le coût du loyer était très élevé. Malgré tout, nous l’avons prise car c’était indispensable. Nous avons dû chercher d’autres colocataires pour partager les frais », ajoute la jeune étudiante.

  En plus des frais liés au logement, les étudiants logés hors du campus social de l’UCAD doivent parfois faire face à des conditions de vie précaire. Kadia peut en témoigner : « notre appartement se trouve au troisième étage. Une fois, nous avons eu des problèmes d’eau pendant plusieurs semaines. Après les cours, nous étions obligés de descendre chaque jour pour aller chercher de l’eau ».

Précarité financière

Tout comme Kadia, Faty Dia est une jeune étudiante en collocation dans un immeuble vétuste à la Médina. En plus des problèmes liés à l’accès à l’eau, elle s’inquiète également  pour sa sécurité. « Nous pouvons rester une journée entière sans une goutte d’eau. Pour boire, nous cotisons pour acheter une bouteille d’eau de 10 litres parfois (…). Nous ne sortons presque pas la nuit. Même en plein jour, on verrouille la chambre. Il n’y a pas de sécurité dans ce bâtiment où il n’y a aucun gardien. Des inconnus entrent et ressortent comme ils veulent», s’inquiète la jeune étudiante en  sociologie.

  Diary Sow est une étudiante qui vient fraîchement de débarquer à Dakar. N’ayant pas de logement dans le campus social, elle s’inquiète  de ses conditions difficiles et précaires. « Nous vivons dans un appartement que nous louons à 220 000 francs CFA par mois, sans compter les autres dépenses quotidiennes. C’est extrêmement difficile pour nous. Il arrive parfois que je me retrouve avec 0 franc avant même la fin du mois », déplore-t-elle.

  Face à  cette précarité financière, Bocar Deh, un étudiant en première année en espagnol est obligé de multiplier les aller et retour entre la Médina et l’UCAD pour se restaurer. « Ici, le plat de riz coûte à 700 francs CFA, c’est très cher. Du coup, je suis obligé d’aller jusqu’à l’UCAD pour manger », dit l’étudiant à la faculté des Lettres et Sciences humaines. Pour ce jeune âgé d'une vingtaine d'années, les trois repas par jour sont un luxe qu’il ne peut se permettre. « Il m’arrive parfois, quand je n’ai pas cours, de dormir toute la journée pour réduire les dépenses de nourriture », révèle-t-il.

L’absence d’un cadre d’étude adéquat affecte souvent les résultats académiques, la précarité engendrant un sentiment de découragement, de solitude. Malgré cela, les étudiants multiplient les efforts considérables pour mener à bien leurs cursus.

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Thierno Abdourahmane Ba

Thierno Abdourahmane Ba

Presse Ecrite

Journaliste

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