Vous avez récemment dénoncé une situation préoccupante liée à la production de pommes de terre. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui. La situation est devenue très critique depuis que l’entreprise Sénégindia SA s’est implantée dans la filière pomme de terre. Non seulement elle produit des quantités massives, environ 150 000 tonnes cette année, mais elle contrôle toute la chaîne de valeur, de la production de semences à la commercialisation.
Quelle conséquence cela a-t-il sur les petits producteurs comme vous ?
C’est une concurrence totalement déloyale. Les semences représentent plus de 60 % de nos coûts de production. Or, Sénégindia produit ses propres semences, réduit ses coûts, et vend à des prix que nous ne pouvons pas concurrencer. Là où nous devons vendre le sac à 7 000 FCFA pour nous en sortir, elle le vend à 5 000 FCFA. Résultat : nos productions sont invendues, pourrissent dans les champs, et nos revenus chutent.
Comment réagit l’État face à cette situation ?
Il existe une autorité de régulation du marché, l’ARM. Mais nous doutons de son impartialité. Nous avons le sentiment que certaines autorités, y compris au sein des ministères, favorisent ouvertement Sénégindia. Lors de l’inauguration de la chambre froide de cette société, ces autorités les ont encensés comme s’ils étaient les seuls acteurs valables du secteur, ce qui est très décourageant pour nous.
Avez-vous mené des actions pour dénoncer cette situation ?
Bien sûr. Nous avons organisé des points de presse à Notto, Kayar, et bientôt dans d’autres localités. Nous envisageons également des marches pacifiques, des interventions à la télévision et la création de plateformes pour faire entendre la voix des petits producteurs.
Quel est l’impact réel de cette situation sur le terrain, notamment à Kayar ?
C’est dramatique. Kayar, qui est un pôle économique majeur grâce à la mer et au maraîchage, voit aujourd’hui ses productions entassées dans les champs, faute d’acheteurs. Et comme nous n’avons pas de chambres froides accessibles, nos récoltes se détériorent. Certains producteurs n’arrivent même pas à rembourser leurs prêts bancaires.
Que proposez-vous concrètement comme solution ?
Il faut réorganiser la filière. Sénégindia peut produire des semences ou s’occuper de la commercialisation, mais la production doit revenir aux producteurs locaux. Il est aussi urgent de mettre en place des chambres froides accessibles et de revoir la répartition du matériel agricole subventionné, aujourd’hui monopolisé par les gros exploitants.
Avez-vous un message à adresser à l’État sénégalais ?
Oui. Si le nouveau gouvernement veut appliquer une vraie politique de souveraineté, il doit agir. On ne peut pas confier l’avenir de notre agriculture à des groupes étrangers. Il est temps que l’État reprenne le contrôle et protège ses citoyens producteurs. Sinon, nous nous organiserons pour défendre nos droits. C’est une question de dignité.
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