L’échiquier politique international contemporain reste marqué par une
floraison de foyers de tension qui peinent à s’éteindre. Si depuis la fin de la
seconde guerre mondiale, les Etats occidentaux semblent sortir de l’enfer de la
guerre -en dehors du cas isolé du conflit en Ukraine- force est de constater que
les conflits se sont déplacés vers le sud avec une ampleur qui frise l’apocalypse.
Qu’il s’agisse du Soudan miné par la guerre civile en cours depuis avril 2015. Du
Moyen-Orient qui connaît la renaissance à partir de leurs cendres de conflits
aux contours complexes qui touchent la région depuis sa fragmentation rendue
possible par le traité de Sèvre d’Août 1920 et l’accord Sykes-Picot de 1917. Sans
oublier l’intrusion d’une puissance régionale dont l’existence était supposée
avant même sa création, source de tension, en l’occurrence Israël. Aussi, des
dynamiques régionales au sahel, dans la corne de l’Afrique, ainsi que le très
actuel rebondissement du chaos dans la région des grands lacs qui remonte les
relents de l’ornière des chamboulements des années 1990. Sans mentionner
les effluves de sang provoquées par des bandes criminelles qui dictent leurs lois
en Haïti.
La communauté internationale dont l’Organisation des Nations Unies est la plus
représentative, peine à venir à bout du désordre qu’elle est appelée à mettre
fin. Un fait d’autant plus paradoxal que les instruments juridiques disponibles
semblent ouvrir le boulevard à l’instance internationale dans sa quête de
maintien de la paix. L’ONU demeure l’institution chargée d’apporter à travers
son conseil de sécurité, la paix dans le monde. Une mission clairement stipulée
dans la charte constitutive de l’instance, celle de San Francisco, construite à
partir d’un concept qui est la sécurité collective dont voici la définition qu’en
donne le lexique de science politique : « Concept des relations internationales
visant le maintien de la paix par l’interdiction de tout recours à la force et la
mise en place d’un système de négociation collective fondé sur le respect du
droit international ».
En plus de son préambule, l’article 1 de ladite charte n’y va pas par quatre
chemins quant à la mission de l’organisation : « (…) prendre des mesures
collectives en vue d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte
d’agression… ».
Néanmoins, les pesanteurs géopolitiques et géostratégiques voire
géoéconomiques semblent avoir raison de l’idéal d’une pacification au forceps
du patrimoine commun de l’humanité, la terre, seul habitacle encore vivable
aujourd’hui. Encore que dans les cas où l’emploi de la force a été de mise, les
résultats escomptés n’ont pas été pour la majorité des cas atteints. Ou plutôt
ceux touchant au maintien de la paix, car des objectifs tus, il en a été question
aussi.
Le fait est que la scène internationale, pour reprendre un concept cher aux
internationalistes notamment réalistes, est marquée par une anarchie qui
gouverne les logiques de positionnement et des volontés d’engagement des
Etats. En l’absence d’une autorité suprême capable d’imposer le respect du
droit international, la sortie des affres de la guerre restera encore un lointain
horizon inattingible, et les braises incandescentes encore inextinguibles. A
travers l’histoire, la politique de puissance et les alliances ont toujours
constitués un frein au déploiement des politiques de sécurité collective, note le
politiste et expert en relations internationales, Bertrand Badie.
A titre d’illustration, Les Etats qui interviennent dans le cadre des opérations
onusiennes ne le font que parce que leurs intérêts correspondent aux fins
rattachées à de telles interventions. Le cas de l’affaire Irak /Koweït est frappant
à cet égard. Les armées qui ont combattu l’Irak sous la houlette de la résolution
661 qui a déclenché le recours au chapitre VII de la charte étaient placées non
pas sous la bannière des Nations unies, mais sous leur propre pavillon national.
Un détail peut être. Prenons un autre exemple, relatif cette fois–ci à la riposte
américaine en 2003 aux attentats du 11 septembre 2001, connue sous le nom
de la troisième guerre du Golfe qui ajoute un supplément de conformité à la
thèse du primat des intérêts particuliers des Etats sur les intérêts communs.
Les mobiles pétroliers de l’opération Iraqi Freedom se sauront par la suite.
Les Etats-Unis et leurs alliés n’ont pas attendu le feu vert en bonne et due forme du
conseil de sécurité des Nations Unies pour s’en prendre au pays de Saddam
Hussein. Ils n’ont pas non plus respecté l’exigence de proportionnalité des
mesures de rétorsions pourtant mentionné dans l’article 51 de la charte des
Nations unies. Il semblerait qu’on ait abandonné en faveur des Etats-Unis et de
leurs alliés, « les caractéristiques classiques des représailles armées limitées
dans le temps et soumises à une stricte proportionnalité, pour une sorte de
chèque en blanc à tirage in défini », pour reprendre Emmanuel Decaux dans
son ouvrage intitulé Droit international public et cité par Philippe Blachèr.
Un autre élément qui mérite qu’on s’y attarde concerne l’inefficacité des
embargos. Qu’ils soient d’ordre économique ou matériel, les sanctions
internationales n’ont pas forcément l’efficacité qu’on pourrait leur prêter. Pour
donner un ordre de grandeur : Alors qu’un seizième paquet de sanctions a été
infligé lundi 24 février à la Russie par les 27, symbolique d’ailleurs, puisque
correspondant à l’anniversaire de l’invasion russe en Ukraine, on est tenté de
se demander quels gains ces sanctions ont-elles occasionnées pour l’Ukraine ?
Ont-elles obligé l’actuel « Tsar » du Kremlin a reculé dans sa volonté de faire
arriver à son terme sa fameuse « opération militaire spéciale » ? A en croire la
cheffe de la diplomatie européenne, Kajja Kallas, « Chaque paquet de sanctions
prive le Kremlin de fonds nécessaires pour mener la guerre ». Les esprits fins en
auront la réponse pleine aux yeux.
De surcroît, les embargos sur les armes peinent à faire taire les fracas de la
contrebande. Pour cause, le contournement de ces embargos à travers l’usage
par les belligérants, d’armes légères et de petit calibre à l’image des AK47, des
machettes et d’autres armes létales dont la reproduction est facile. Une
situation qui, si elle se prolonge -ce qui semble se dessiner- verra, sinon une
retombée des déflagrations radioactives déjà en cours dans des régions encore
à l’abri du champignon destructeur, du moins une accentuation de la remise en
cause profonde du système de sécurité collective incarnée par les Nations
Unies.
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