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Wally Ndour, directeur de l'école Djaraf-Ibra-Paye : « Aujourd’hui, l’apprentissage est plus axé sur les compétences… »

Wally Ndour, directeur de l'école Djaraf-Ibra-Paye : « Aujourd’hui, l’apprentissage est plus axé sur les compétences… »
Source: CESTI INFO
Les résultats des évaluations du 2e trimestre viennent tout juste de tomber. Comme depuis quelques années, le constat général est le même : les notes ne sont pas fameuses. Directeur de l’école Djaraf Ibra Paye, ex « Manguier 1 », Wally Ndour capitalise une expérience d’une vingtaine d’années, dont au moins la moitié dans la direction. Rencontré dans son bureau lors de la journée « portes ouvertes », il évoque sans détours dans cet entretien la question de la baisse du niveau des élèves.

Les résultats des compositions du 2e trimestre viennent tout juste de tomber, quel est le bilan de ces évaluations ?

  Globalement, on retient un travail satisfaisant avec 70 à 75% de réussite au niveau de chaque classe. D’ailleurs aujourd’hui, c’est une journée « portes ouvertes » pour les parents d’élèves. Une occasion pour les enseignants de leur remettre les bulletins de notes et de leur parler du résultat des enfants. Mais voyez par vous-même, il n’y a pas beaucoup de monde.

On entend souvent dire que le niveau des élèves est en baisse. Qu’en est-il réellement ?

  (Rires) Oui, c’est une réalité, malheureusement… Ce ne sont pas des propos tenus ex nihilo. Plusieurs facteurs sont pointés du doigt : le désengagement des parents dans l’éducation des enfants, des enfants qui ont d’autres centres d’intérêt et des enseignants qui ne sont pas suffisamment formés. Pour ces derniers, j’avoue que leur formation n’est plus aussi exigeante et aussi rigoureuse que celle des années passées où il fallait faire au moins 4 ans de formation avant de devenir instituteur. Maintenant, on est formé en 6 mois ou au mieux en une année.

  Outre la part de responsabilité des enseignants, il faut quand même savoir que les élèves ne sont plus intéressés par les études. Ils sont ouverts à autre chose, le digital ou l’informatique par exemple. A la maison, ces élèves utilisent avec une très grande maîtrise les smartphones, les tablettes ou encore les ordinateurs. Ils en savent beaucoup plus que nous les adultes (rires).  Donc, on doit relativiser. A mon avis, le faible niveau des élèves se limite sur le plan scolaire ou encore par rapport au maniement oral d’une langue qui n’est pas nôtre. D’habitude, nous nous appuyons sur le « parler » pour jauger les potaches alors qu’aujourd’hui, l’apprentissage est axé sur les compétences.

Dans ce cas, devrait-on voir d’un bon œil, l’initiation aux TIC dès le primaire ?

  Je suis pour l’éducation orientée vers les centres d’intérêts et les compétences "innées". Cet enfant, né dans « l’ère digitale », serait enthousiasmé à l’idée d’avoir une salle informatique dans son école. Certaines écoles en ont, d’autres non, en l’occurrence celles se trouvant en zones rurales où plusieurs localités ne sont pas encore électrifiées. Il y a une iniquité et l’Etat gagnerait à pallier ce clivage.

  Aujourd’hui, même les enseignants doivent se former aux TIC pour prendre le train de la révolution informatique en marche. A peine l’évaluation terminée, on me demande de remplir un document électronique et de l’envoyer pour voir la performance des élèves par discipline. Pour le faire, il faut en avoir les capacités, c’est-à-dire savoir utiliser les appareils technologiques de communication. Et c’est une tâche que les tous les directeurs doivent effectuer.

Vous avez parlé tantôt de la responsabilité partielle des enseignants, doit-on leur jeter systématiquement la pierre ?

  Certes, la responsabilité de l’enseignant est vite mise en avant, mais il arrive que ce dernier soit cité à tort. En tant que responsables de l’éducation des enfants, notre vœu le plus cher, c’est de les voir réussir, c’est-à-dire leur inculquer le savoir-faire qu’il faut. L’évaluation de l’enseignant se fait sur la base des seuils de performance. Le seuil plancher est de 50% au premier trimestre. Progressivement, il est relevé jusqu’ à 80% pour les deux autres trimestres restants. Si l’enseignant atteint par exemple les 90%, les 10% des élèves restants seront qualifiés comme ayant un niveau faible. Et pourtant c’est un très bon résultat, malgré ce que peuvent penser les parents d’élèves.

D’ailleurs certains d’entre eux engagent des répétiteurs pour un encadrement à domicile. Quel est l’impact de ces cours de renforcement sur l’apprentissage des enfants ?

  (Sur un ton ferme) Il faut savoir que n’est pas enseignant qui veut. C’est vrai que dans certains cas, ça permet d’améliorer le niveau des élèves qui ont des lacunes dans des domaines bien déterminés. Mais dans d’autres cas, on constate une déconstruction des connaissances ou des compétences acquises à l’école, une fois à la maison si l’enfant tombe sur un non professionnel, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a pas la pédagogie a fortiori la légitimité de dispenser des cours. Quand on parle de répétiteur, la logique voudrait qu’on fasse répéter à l’enfant ce qu’il a déjà appris en classe, en l’occurrence les leçons, les exercices, etc.

 Quels sont les moyens dont disposent les établissements pour fonctionner et mettre les élèves dans des conditions idoines d’études ?

  Il n’y a aucun budget mis à la disposition des écoles. Les années passées les CAQ (Contrat d’amélioration de la qualité) avec des partenaires (canadien ou autres) mettaient à la disposition des établissements une certaine somme pour fonctionner. Seuls des établissements ayant au moins une quinzaine de classes pouvaient espérer avoir près de 1 million de francs. A défaut, on se contente de 100 000 francs ou plus pour régler, sur neuf mois, les problèmes financiers de l’école. Le programme est arrivé à son terme depuis longtemps. Il doit être relancé pour que les écoles puissent en bénéficier.

  Le bureau des parents d’élèves se réunit chaque année pour fixer le montant de la participation aux fonds de l’école. La cotisation varie entre 500 et 5 000 francs, selon que l’on est en zone urbaine ou rurale. C’est difficile. Avec toutes les dépenses à faire (achat de détergent, nettoyage et entretien des locaux, reprographie, etc.), on fait du « colmatage ». Cependant, en ville on peut solliciter certains services pour l’impression ou l’équipement en consommables bureautiques (papiers et autres).

Mais le budget alloué au ministère de l’Education cette année (2025) avoisine les 976 milliards de francs… 

  Certes, la somme est destinée au secteur de l’Education, mais il n’en demeure pas moins que le budget de fonctionnement s’arrête aux inspections d’académie. Ce n’est pas de l’argent qui arrive jusqu’aux écoles, même si la construction des salles de classe, de nouvelles écoles ou encore le paiement des salaires y sont débités.

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Adama Mohamed Ben Aly Dieme

Adama Mohamed Ben Aly Dieme

Presse Ecrite

Etudiant en journalisme au CESTI

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