mardi 14 juillet 2026
En direct
EN CONTINU
Actualite

À l’Ifan, Felwine Sarr appelle l’Afrique à fabriquer son propre présent

À l’Ifan, Felwine Sarr appelle l’Afrique à fabriquer son propre présent
Source: CESTI INFO
Le 18 juin dernier, dans l’enceinte de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), le professeur Felwine Sarr a invité son auditoire à repenser les trajectoires du continent africain à travers une réflexion intitulée « Fabriquer le présent au prisme des savoirs et des imaginaires ». Une intervention centrée sur la nécessité pour l’Afrique de produire ses propres réponses, en s’appuyant sur ses savoirs, ses expériences et ses ressources endogènes. Loin des discours classiques sur l’émergence, Felwine Sarr a défendu l’idée d’une Afrique capable de ne plus seulement suivre les dynamiques imposées par l’extérieur, mais de participer pleinement à la construction de son avenir.

Pour le professeur Felwine Sarr, l’un des premiers obstacles à cette transformation réside dans l’injonction permanente au « rattrapage ». Cette vision présente l’Afrique comme un continent en retard cherchant constamment à rejoindre un modèle déjà établi, notamment dans les domaines du développement et des technologies. Felwine Sarr appelle plutôt à réinvestir un « temps propre », fondé sur la maturation, l’expérimentation et la prise en compte des temporalités longues des sociétés. Selon lui, la fabrication du présent suppose une capacité à construire son propre rythme, loin de la seule urgence.

Trois grandes forges pour construire l’avenir africain

Dans son analyse, Felwine Sarr identifie trois piliers essentiels à cette transformation : la forge des savoirs, l’économie de la dignité et la forge du politique. Sur la question des savoirs, il plaide pour une évolution profonde des contenus éducatifs. Au-delà des indicateurs quantitatifs liés à la scolarisation, il appelle à une véritable révolution intellectuelle. Il remet en cause l’idée d’une neutralité absolue des connaissances, estimant que certains savoirs importés peuvent également véhiculer des rapports de domination. L’objectif, selon lui, est de former des « humains libres », capables de penser et d’agir face aux mutations du monde.

Concernant l’économie, l’intellectuel propose une rupture avec un modèle fondé sur l’extraction intensive des ressources. En s’appuyant sur la notion de « capabilités » développée par Amartya Sen, il défend une économie orientée vers la dignité humaine, la santé, l’éducation et la préservation du vivant.

Sur le plan politique, Felwine Sarr invite à dépasser la simple reproduction de modèles institutionnels extérieurs. Il encourage une réinvention du politique à partir des réalités africaines, en valorisant notamment des mécanismes endogènes comme la palabre, conçue comme un espace de dialogue, de gestion des désaccords et de construction collective.

L’action laboratoire comme méthode de transformation

Face aux défis contemporains, Felwine Sarr privilégie l’idée d’« action laboratoire ». Cette approche repose sur l’expérimentation, l’adaptation et l’apprentissage progressif. Elle reconnaît que les sociétés ne peuvent être entièrement programmées et que l’action collective doit intégrer l’incertitude.

Cette démarche repose sur une pensée en mouvement, capable de confronter les idées au réel et de considérer les erreurs comme des étapes dans le processus de construction.

La figure du forgeron comme symbole

Pour conclure son intervention, Felwine Sarr a convoqué la figure de Mamalang le forgeron. Ancien lutteur devenu artisan, ce personnage incarne selon lui la capacité à passer de la contemplation à l’action. À travers cette image, l’intellectuel rappelle que l’émancipation africaine ne peut venir d’une simple admiration des réussites extérieures, mais d’un travail patient de création et de transformation.

À l'Ifan, Felwine Sarr a ainsi livré un plaidoyer pour une Afrique qui assume sa capacité à forger son propre destin, en faisant de la liberté une œuvre permanente à construire.

Mots-clés :
Afriquesavoirdéveloppementucad
Lendemain de Tabaski à la Sogas : Au coeur du busi...
Joseph Kama

Joseph Kama

Presse Ecrite

Étudiant en licence de journalisme, option presse écrite, je m’intéresse particulièrement aux réalités sociales, culturelles, sanitaires et environnementales qui traversent les sociétés africaines contemporaines. À travers mes productions, je m’efforce de proposer une information rigoureuse, humaine et ancrée dans le terrain. Convaincu que le journalisme est un outil de compréhension et de responsabilité citoyenne, je souhaite mettre en lumière les voix et les réalités souvent peu visibles dans l’espace médiatique.

Soyez le premier à commenter cet article.

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *