vendredi 19 juin 2026
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Reportage

Se loger à l'université, un parcours du combattant pour les étudiants

Se loger à l'université, un parcours du combattant pour les étudiants
Source: CESTI INFO

Mardi, il est 12 heures au Centre des oeuvres universitaire de Dakar (Coud). A la grande porte, un agent de la sécurité du Coud vérifie les cartes d’accès des étudiants. Dès cette entrée principale, le vieux bâtiment aux couleurs grises et blanches attire l'attention. Elle est le symbole de l’hébergement à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) depuis sa création. Le pavillon A, le premier à être construit sur le site, résume toutes les difficultés de logement pour les étudiants. Entre l’insalubrité des toilettes et la surcharge des chambres, le décor illustre bien les conditions de vie au campus.

L’affluence atteint son paroxysme à l'Ucad en cette journée ensoleillée du mois de juin. Si certains prennent le chemin des amphithéâtres, d’autres font la queue devant l’un des quatre restaurants du campus social, ou rejoignent tout simplement leur chambre. Le pavillon A, avec ses plus de quatre cent (400) chambres déborde de monde. Les étudiants s’y entassent par dizaines dans une petite pièce ou occupent les couloirs des pavillons. Si l’on en est arrivé à cette extrémité, c’est parce que l’augmentation du nombre d’étudiants n’a pas suivi celle des capacités d’accueil. «Le logement est le problème majeur auquel sont confrontés les étudiants », clame Oumar Ba, étudiant en pharmacie.

A la chambre 48, d'une superficie de quelques mètres carrés, malgré la chaleur accablante et le manque d’espace, Modou Mbaye s’active autour de sa théière posée sur un réchaud chinois qui contribue au chauffage de la chambre. Il explique que lui-même a été hébergé par son ami et ancien camarade de classe au lycée. N’ayant pu remplir les conditions nécessaires pour codifier (bénéficier des logements du Coud).

«  Je suis de Thiès et je n’ai pas de parents à Dakar. Donc, je suis obligé de venir ici, même s’il faut reconnaitre que 8 personnes dans une petite chambre pose problème », soutient-t-il. La très attendue période de la « codification » en vue de l’attribution des chambres démarre très prochainement.

4 pavillons démolis 

« Cette fois comme l’année dernière, la codification sera moins opaque car elle est numérisée et le principal critère du Coud, c’est l’excellence. Ce qui fait que, ce sont ceux qui ont bien travaillé qui seront servis », indique Pape Biteye, étudiant en licence d’histoire. Toutefois, cette année, le grand problème est que le Coud a moins de lits à attribuer par rapport aux autres années en raison de la démolition des pavillons S, U, V et T depuis deux ans pour des raisons de sécurité. D’ailleurs dans tous les pavillons, la situation est la même.

23 heures au pavillon M, c’est l’heure du coucher. Le couloir est rempli de matelas et de moustiquaires. Parfois pour passer, on est obligé d’escalader les gens. Devant la chambre 21, Mokhtar Baldé est debout sur une chaise. Il est en train d’éteindre les lampes néons fixées sur le plafond avant de se coucher, pour ne pas trop s’exposer aux passants. De taille moyenne et de teint clair, Baldé est étudiant en licence 3 au département de sociologie.

« Mon tuteur est à Tivaoune Peulh. A peu près, à une vingtaine de kilomètres d’ici. Imaginez si je devais quitter là-bas pour venir étudier chaque jour, c’est impossible », affirme le sociologue en formation. Avec ses amis de la chambre 21, il a trouvé qu’il n’y avait plus de place, mais il garde ses bagages dans la chambre et il passe la nuit dans le couloir comme le font des centaines d’étudiants dans le campus social.

    Du côté des autorités du Coud, on explique que des solutions sont en cours avec la construction de nouveaux pavillons. Mais ils reconnaissent qu’on ne peut pas loger au campus tous les 80 mille étudiants.

Voisinage désagréable

Les étudiants tentent de s’accommoder de cette situation incommode. « Nos chambres étaient prévues pour recevoir deux étudiants, mais on retrouve jusqu’à 7 ou 8  personnes par chambre. Dans ces conditions, même se coucher est difficile, à plus forte raison se concentrer pour apprendre ses leçons dans la chambre », déplore Serigne Fallou Diouf, 23 ans, étudiant en troisième année de droit.

Au fil des mois, il s’est adapté et le courant passe entre lui et ses 7 colocataires qu’il ne connaissait pas avant. « On se tolère. On essaie de se comprendre et de s’entraider, parce qu’on est dans la même galère ». Deux lits, une table, deux chaises, deux armoires et un lavabo, constituent le ‘’confort’’ de cette piaule ou s’entassent Serigne Fallou Diouf et ses camarades étudiants. Sous chaque lit, on trouve un ou deux matelas, qui seront étalés par terre à la nuit tombée.

La chambre est relativement propre, les objets sont soigneusement rangés, hormis quelques paires de chaussures qui trainent sur les carreaux.  « Ce n’est pas du tout commode de vivre à six ou 8 dans une petite chambre. Cela fait trop de monde et on n’a même pas d’intimité. A tout moment de la journée, il y a du monde dans la chambre. A cause du bruit, on n’arrive pas à se reposer. Conséquence : la chambre est réduite à un simple lieu pour dormir », se désole-t-il dans un haussement d’épaules.

Les collectivités locales au secours

Ce déficit de logements à l’université a amené certaines collectivités locales à mettre la main à la poche, pour assister leurs ressortissants. C’est ainsi que les étudiants originaires du Saloum occupent, par exemple, un appartement de trois chambres et une cuisine, au troisième étage d’un immeuble au quartier Gueule Tapée à quelques dizaines de mètres du lycée Delafosse. Cet appartement est payé par la mairie à raison de deux cents mille (200. 000) francs le mois nous dit le président de la commission sociale de l’amical des étudiants Abdoulaye Thiam.

Une pratique qui se généralise de plus en plus, de nos jours. D’ailleurs on peut même dire que la plupart des collectivités locales le font. Plus d’une vingtaine de garçons occupe les deux chambres et la troisième et la cuisine transformée également en une chambre sont occupées par les filles. Les valises sont empilées dans un coin de la chambre, des matelas posés à même le sol et une armoire à deux battants complètent le mobilier des chambres. Mais pour les occupants, c’est déjà bien d’avoir ce logement, eux qui n’ont pas de parents à Dakar.

Dans ces appartements, filles et garçons vivent en harmonie. « On vit comme une famille. Nous venons de la même localité. On s’entend parfaitement avec les garçons. Ils sont nos frères. On s’entraide sur beaucoup de plans », témoigne Awa Cissé, étudiante en licence 2 à la Faculté des sciences économiques et de gestion.

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Momath Niasse

Momath Niasse

Presse Ecrite

Etudiant

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