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Fatick : L’amplitude de la salinisation des terres et l’ampleur de ses conséquences

Fatick : L’amplitude de la salinisation des terres et l’ampleur de ses conséquences
Source: CESTI INFO
Le 7 août 2026, la docteure Bineta Amar, chercheuse sénégalaise et spécialiste en science des sols et en conservation de la biodiversité à l’Université cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) a fait une présentation de sa thèse devant les étudiants de 3ème année du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti). Une thèse dont le titre est intitulé : "Salinisation des terres dans la zone de Fatick (Sénégal) : dynamique, perception des populations, impacts sur la biodiversité et stratégies de récupération".

Les causes de la salinisation des terres restent multiples selon la chercheuse. Elles résultent du changement climatique et les effets anthropiques. Selon les estimations les plus récentes de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), elle affecte près de 400 millions d’ha soit 6,5% de la superficie totale des terres émergées. Au Sénégal, les travaux menés par l’Institut national de pédologie (INP) en 2008 estiment la superficie des terres salées à 1 000 000 ha dont l’estuaire du Sine Saloum constitue la zone la plus affectée avec 230 000 ha.


Dans la zone d’étude, la région de Fatick, 171 124 ha sont affectés par la salinisation soit un pourcentage de 85,33 % des terres salées de la région naturelle du Sine-Saloum en 2011. Dans cette partie du Sénégal, on constate un conditionnement des associations végétales par les paramètres physico-chimiques. Ce qui entraîne une hétérogénéité de la composition floristique en fonction gradient.

Fatick, une région particulièrement touchée par le phénomène 

Dans sa communication, Mme Amar a rappelé qu’au Sénégal, peu de travaux scientifiques se sont intéressés à l’impact de la salinité sur la biodiversité, sur l’environnement, ou les actions proposées pour la remédiation des terres affectées par la salinisation. C’est d’ailleurs ce qui a motivé leurs travaux dans la commune de Fimela, une commune de la région de Fatick, composée majoritairement de Sérère. Dans cette partie de la région, les sols sont sulfatés acides appartenant aux domaines des tannes du Sénégal.

Dans la commune de Fimela, la salinisation des terres constitue un facteur limitant pour le développement socio-économique des populations de la commune. D'importantes ressources naturelles y sont recensées, à savoir de l’eau, de la végétation et des sols. Les populations s’activent principalement dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage. La pluviométrie y reste abondante et variante car se situant entre 400 et 600 mm/an.

Des résultats inquiétants   

Dans le cadre des travaux du docteur Amar, plusieurs images satellitaires ont été téléchargées à différentes dates pour déterminer la dynamique spatio-temporelle de la salinisation des terres dans la zone d’étude. L’objectif de ces prises était d’obtenir à chaque date l’occupation des terres salées, du réseau hydrographique, la végétation de la mangrove mais également des zones bâties. Des échantillons ont été prélevés sur les sols sur des profondeurs de 20 cm et 24 cm. Cela a permis de déterminer la caractérisation des paramètres physico-chimiques des sols.



Après analyse des échantillons, les résultats obtenus restent sans équivoque sur la période de 1981 à 2020. On constante une évolution des superficies d’occupation. On note une augmentation progressive de la superficie des tannes passant de 38,1% en 1984 à 42,3% en 2020, une régression de la mangrove sur la même période avec un pourcentage de 11,8% de 1984 à 5,6% en 2020.  En ce qui concerne la végétation, elle connait une baisse de 25,7% en 2000 contre 34,6% en 1984.

Mais entre 2000 et 2020, une nette amélioration de la végétation est constatée, ce qui a poussé la population faire du reboisement. L’autre élément découlant de l’analyse des images est une démographie galopante sur la période de 1984 et 2020, avec une pression foncière excessive. Ce qui explique l’augmentation de la superficie des zones bâties qui passe de 13,9% à 22,9%. Celle-ci est due aussi à un développement exponentiel du tourisme dans la zone.  

Dès lors, il est nécessaire de développer des techniques efficaces de gestion durable des ressources naturelles et de lutter efficacement contre la salinisation. Ceci passera par la préservation des espèces résistant à la salinisation comme le Prosopis glandulosa, l’Eucalyptus alba, l’Ipomoea asarifolia, le Tamarix senegalensis, le Combretum apiculatum entre autres espèces. Ces espèces en plus d’être adaptées, peuvent lutter contre la salinisation.

Recommandations pour freiner le phénomène

Des recommandations ont été proposées dans le cadre des travaux du Dr. Amar. Il s’agit d’abord de mettre l’accent sur la valorisation des connaissances et des savoir-faire des populations locales. Ce qui va renforcer l’implication et la détermination des autochtones dans la lutte contre la salinité des terres. Il faudrait en outre élaborer des approches intégrées et participatives dans le cadre d’un partenariat multi institutionnel et pluridisciplinaire pour une lutte plus efficace ; mettre en œuvre des programmes coordonnés d’échange de semences des halophytes, c’est-à-dire des espèces qui sont capables de s’adapter aux terres salées.

Mais aussi établir une banque de données sur l’adoption des espèces aux environnements salins, ce qui permettra aux journalistes que nous sommes, de pouvoir consulter la base de données concernant les espèces qui s’adaptent à la salinisation. Cela permettra aux journalistes de bien faire leur travail en s’appuyant sur les données exactes et d’alerter sur la situation des terres menacées et d’informer sur les mécanismes choisit pour une lutte efficace. La dernière recommandation est celle de mettre l’accent sur la valorisation des terres réhabilitées en utilisant des cultures adaptées. Ce qui permettra de mettre l’accent sur le suivit des actions réalisées sur le terrain par les projets de réhabilitation et d’éviter une recontamination des terres.

Mots-clés :
SalinisationFatickmangroveBineta Amar
Les effets de la salinisation des terres à Fatick
Moussa Beye Baldé

Moussa Beye Baldé

Television

ETUDIANT

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