Le sol, support indispensable de la vie et des cultures, est aujourd'hui une ressource en péril au Sénégal. Sous l'effet des pressions anthropiques et climatiques, la dégradation des terres s'accélère, rendant les sols « chimiquement toxiques ». Le diagnostic posé par Dr Binta Amar est sans équivoque. Au Sénégal, l'Institut national de pédologie (INP) estime qu'environ un million d'hectares de terres sontaffectés par la salinisation, particulièrement dans les régions Sud et le bassin arachidier.
L’agonie de la mangrove à Palmarin
Les travaux de la chercheuse se sont concentrés sur la zone de Palmarin, dans la région de Fatick, où les sols sulfatés acides freinent le développement socio-économique. Grâce à une analyse de la dynamique spatio-temporelle entre 1984 et 2020, Dr.Amar a démontré une progression inquiétante de la langue salée. Les superficies salées sont passées de 38,1 % à 42,3 %, souligne-t-elle.
Cette avancée inexorable s'est faite au détriment de l'écosystème local. En près de quarante ans, la superficie de la mangrove a été divisée par deux, chutant de 11,8 % à 5,6 %. Parallèlement, l'analyse physico-chimique révèle des sols au pH extrêmement acide dans les zones à forte salinité, rendant toute activité agricole traditionnelle, comme la riziculture ou le maraîchage, quasiment impossible.
Le « Melaleuca », un espoir biologique
Face à ce fléau, la recherche ne reste pas impuissante. Si la lutte mécanique par des barrages anti-sel (comme à Mar Lodj) et la lutte chimique ont été explorées, Dr Amar privilégie la lutte biologique. Cette méthode repose sur l’utilisation d’espèces « halophytes » capables d'extraire l'excès de sel du sol.
L’espèce Melaleuca
quinquenervia s’est révélée particulièrement performante. Contrairement au
tamarix, dont les feuilles mortes peuvent recontaminer le sol en sel, le
Melaleuca offre une alternative viable pour la récupération des terres, même à
des niveaux de salinité très élevés.
Le paradoxe de « l’or blanc »
La rencontre a également soulevé des questions sociales et économiques cruciales. Alors que le Sénégal exploite environ 400 000 tonnes de sel par an, notamment à Fatick, les populations locales ne tirent que de maigres revenus de cette ressource. Les étudiants ont vivement interpellé la chercheuse sur l'absence d'études d'impact environnemental sérieuses pour protéger les communautés des conséquences de cette industrie.
Pour Dr. Binta Amar, la solution réside dans une approche participative valorisant les savoirs locaux et garantissant que les terres réhabilitées ne soient pas recontaminées par une exploitation anarchique. L'enjeu est de taille. Il s'agit de restaurer non seulement la biodiversité mais aussi de contribuer à la sécurité alimentaire de toute une région.
Pour conclure, la chercheuse a recommandé la création de banques de semences d'espèces halophytes, une initiative encore inexistante au Sénégal, afin de pérenniser les efforts de reboisement et de garantir la sécurité alimentaire des zones touchées.
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