mercredi 19 août 2026
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Reportage

Campus sans eau courante : l'épreuve quotidienne des étudiants

Campus sans eau courante : l'épreuve quotidienne des étudiants
Source: CESTI INFO
L’eau est devenue une denrée rare dans les différents campus de l’Ucad. Une absence dans les robinets qui dicte désormais l’emploi du temps des étudiants.

Un glouglou rauque puis…un silence de cimetière. Au deuxième étage du pavillon A, les robinets viennent de cracher leur dernier souffle d’air sec. L’horloge affiche 20 heures 45 minutes et l’heure de la prière de « Guei » arrive à grands pas. Dans les différents couloirs étroits empruntés et les toilettes surchargées, les étudiants s’alignent un à un à la recherche de ce liquide précieux. Toilette après toilette, la rumeur demeure partout la même.

Tout juste à l’entrée, se trouve Amath Thiam, étudiant en deuxième année de droit. Il contemple sa bouilloire en plastique jaune désespérément vide.  « L’eau est encore partie ! », s’exclame-t-il avec dépit. Habillé en jalaba blanc, le jeune homme ajuste minutieusement ses grosses babouches trouées et s’apprête à prendre les escaliers à la recherche de liquide bleu pour faire ses ablutions.

Pour cela, il lui faut monter quatre étages, ensuite traverser la cour centrale et enfin espérer que les robinets de la Grande mosquée universitaire gardent encore un mince filet de pression. « C’est devenu un exercice d’équilibrisme et de patience pour faire les ablutions dans ce pavillon », confie-t-il avec le regard perdu, visiblement fatigué par les dures nuits de travail.

« Quand il y a manque d’eau, c’est tout à fait normal que notre sérénité s’envole. Nous faisons la queue pendant une demi-heure avec des bidons et seaux pour quelques centilitres d’eau. La prière doit être un moment de paix et c’est dommage qu’elle commence dans l’énervement et la précipitation. Nous traversons des épreuves difficiles avec ces coupures d’eau sans arrêt. Il est temps que les autorités du Coud apportent des solutions à nos problèmes », renchérit Amath, visiblement dépité par la situation.  

Par ailleurs, le manque de pression dans certains pavillons se fait remarquer à des heures précises où les besoins pressants se font sentir le plus, d’après Binta Samb, étudiante en pharmacie. Selon elle, cette absence leur fait beaucoup de mal.

« Nous vivons une situation très compliquée aux heures actuelles. Il arrive que nous n'ayons plus aucune goutte d’eau à certaines périodes alors que nous avons beaucoup d’activités à faire comme laver le linge, le nettoyage de nos chambres ou même prendre le bain ».

Sur les mines sombres des étudiants rencontrés, la lassitude a remplacé la colère. Dans ce haut lieu du savoir, la journée ne se mesure pas seulement en heures de cours accomplis, mais en litres d’eau sécurisés. Dans cette atmosphère étouffante amplifiée par la forte canicule, les couloirs des différents pavillons arpentés prennent l’allure de grands carnavals improvisés.

On y croise des silhouettes usées sous le poids de bidons ou encore des seaux de vingt litres récupérés auprès des gérants de boutiques voisines, tandis que d’autres rationnent chaque goutte avec la précision d’un orfèvre dans de bouteilles minérales recyclées.

La diagonale de la soif

L’épreuve ne s’arrête pas aux pieds du pavillon A. Juste en face, se trouve le pavillon B. Cet imposant bâtiment partage exactement le même calvaire. À hauteur du troisième étage, apparait la petite silhouette d’Adama Dia. Il contemple le sol avec une résignation amère, un seau rouge de vingt litres posé à ses pieds comme un fardeau quotidien. « Regardez ce spectacle », soupire-t-il en pointant du doigt le va-et-vient ininterrompu dans la cour.

« Notre pavillon est devenu une tour de contrôle sans eau. À partir de 18 heures, « la chasse à l’eau » commence sans fin. Pour nous qui logeons dans les étages supérieurs, c'est une double peine et un calvaire sur terre. Il faut porter des charges lourdes dans des escaliers sombres, parfois après huit heures de cours d’affilée. Mes livres ont cédé la place aux bidons d’eau sur ma table de travail », témoigne l’étudiant en sciences humaines.



Il repousse furtivement une mèche de cheveux, le visage éclairé par le halo de son téléphone avant de poursuivre : « c’est psychologiquement usant et ce qui est plus fatiguant dans ces moments, c’est l’altération de nos rapports humains. Le campus a toujours été le temple de la solidarité, mais il y a des jours où ton voisin de chambre te demande un gobelet d’eau pour un besoin urgent. Tu calcules ce qu’il te reste pour ta propre hygiène du lendemain ».

La balade nocturne des bidons

Le décor change de quelques centaines de mètres, mais le drame reste identique à l’École supérieure polytechnique (Esp). Située à quelques pas de marche du grand campus de l’université, cette école réputée pour la rigueur de ses filières scientifiques sert aussi le même scénario sur le terrain. Aux abords du pavillon F, nous y trouvons quelques élèves-ingénieurs accostant dans les toilettes. Pour elles, c’est bien le moment propice où elles s’apprêtent à entamer leur révision nocturne, ces longues sessions d’études qui s’étirent jusqu’à l’aube.

C’est l’exemple de Khadija Soumaré, étudiante en sciences biologiques. Cette jeune dame âgée de 22 ans s’acharne inlassablement sur un robinet muet. Avec une serviette enlacée sur ses épaules et un seau bloqué entre les pieds, elle ne cache pas sa détresse. « Avec cette forte chaleur, prendre une douche est une grande nécessité. C’est le seul moyen de se libérer de la fatigue de la journée avant d’entamer une sieste ou de plonger dans les révisions », explique-t-elle en balayant légèrement du regard les lavabos desséchés.



Elle poursuit : « Quand nous repassons dans nos chambres sans avoir pu nous laver, le corps reste lourd, les yeux piquent et la chaleur devient plus impactant que d’habitude. Toutes ces raisons provoquent un manque de concentration chez nous. Parfois, il nous arrive aussi de passer deux heures à chercher un seau d’eau à travers tout le campus de l’Esp alors que nous avons des tonnes de leçons à apprendre et des examens à préparer (rires) ».

Dans cette quête nocturne, une solidarité de fortune s’organise. « Nous nous partageons les rares récipients remplis au compte-gouttes durant la journée », souffle-t-elle. Ensemble, elles transportent les bassines d’un étage à l’autre dans un silence lourd, brisé seulement par le clapotis de l’eau économisée jusqu’à la dernière goutte.

Mais le pire survient lorsque l’épuisement l’emporte sur l’espoir et que la nuit s’achève sans que la précieuse ressource ne soit réapparue jusqu’au lendemain. Une scène qui continue jusqu’au petit matin où l’air des chambres devient lourd et vicié de la moite sueur des nuits de canicule subies sans douche réparatrice, témoigne Halima Diagne, une autre étudiante.

Cette absence criarde d’eau entraine aussi une perte de concentration des étudiants dans les amphithéâtres ou les salles de révisions, d’après le sociologue Djiby Diakhaté. « Avec un esprit encore marqué par le manque d’hygiène, le corps meurtri, le sommeil haché et le morale à zéro, beaucoup d’étudiants sombrent à cause de cette précarité invisible qui sape insidieusement leur rendement académique et leur dignité de futurs cadres de la nation ».


Les justifications du Coud

Cette précarité hydrique permanente met à rude épreuve l’équilibre des campus sociaux. Derrière les murs administratifs du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud), la question est prise au sérieux, mais les marges de manœuvre semblent étroites, selon Ibrahima Thiombane, patron de la Direction des Services techniques.

Rencontré dans son bureau, M. Thiombane affirme que cette situation est habituelle et pointe une réalité structurelle complexe. « Le problème n'est pas uniquement interne au Coud », avance-t-il, en nous montrant les courbes de pression d’eau sur son écran.

« Les campus sociaux ont été conçus pour accueillir un nombre précis d’étudiants. Aujourd’hui, la surpopulation dans les différents pavillons entraîne une surconsommation monstre aux heures de pointe notamment le matin au réveil, avant les prières et en début de soirée. Le réseau général du secteur peine à fournir la pression nécessaire pour alimenter les hauts étages des pavillons. Nous installons des surpresseurs et des bâches à eau, mais dès qu’il y a une baisse de pression sur le réseau général, ce sont les cités universitaires qui trinquent les premières », soutient-il.

La satisfaction des besoins en eau potable au sein des différents campus sociaux de l’Ucad demeure un défi non résolu. Alors que les difficultés d’approvisionnement impactent directement le quotidien, la prière et les révisions des étudiants, les projets de modernisation des cuves de stockage et du réseau de distribution restent pour l’heure en suspens.

Face à l’accroissement continu des effectifs, l’absence de calendrier précis pour ces travaux fait craindre une dégradation accrue des conditions de vie académiques. Un sujet d’inquiétude majeur à l’approche des sessions d’examens pour certains.

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Mamadou Elhadji LY

Mamadou Elhadji LY

Presse Ecrite

Je suis journaliste sénégalais en formation au Cesti, spécialisé en presse écrite et numérique. Grand passionné d’écriture, je traite des sujets dans des domaines différents. J’ai remporté la Meilleure Plume de la troisième édition de l’école d’été sur l’écriture et le journalisme (EEEJ) organisée par la Fondation Vallet et l’ONG Bénin Excellence à Cotonou, en août 2025. J'ai fais une pige à la rédaction de Radio France Internationale, basée à Dakar en 2024. J’ai également effectué un stage pédagogique au quotidien national « Le Soleil».

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