Pour le professeur Felwine Sarr,
l’un des premiers obstacles à cette transformation réside dans l’injonction
permanente au « rattrapage ». Cette vision présente l’Afrique comme un
continent en retard cherchant constamment à rejoindre un modèle déjà établi,
notamment dans les domaines du développement et des technologies.
Felwine Sarr appelle plutôt à réinvestir un « temps propre », fondé sur la
maturation, l’expérimentation et la prise en compte des temporalités longues
des sociétés. Selon lui, la fabrication du présent suppose une capacité à
construire son propre rythme, loin de la seule urgence.
Trois
grandes forges pour construire l’avenir africain
Dans son analyse,
Felwine Sarr identifie trois piliers essentiels à cette transformation : la
forge des savoirs, l’économie de la dignité et la forge du politique. Sur la
question des savoirs, il plaide pour une évolution profonde des contenus
éducatifs. Au-delà des indicateurs quantitatifs liés à la scolarisation, il
appelle à une véritable révolution intellectuelle. Il remet en cause l’idée
d’une neutralité absolue des connaissances, estimant que certains savoirs
importés peuvent également véhiculer des rapports de domination. L’objectif,
selon lui, est de former des « humains libres », capables de penser et d’agir
face aux mutations du monde.
Concernant l’économie,
l’intellectuel propose une rupture avec un modèle fondé sur l’extraction
intensive des ressources. En s’appuyant sur la notion de « capabilités »
développée par Amartya Sen, il défend une économie orientée vers la dignité
humaine, la santé, l’éducation et la préservation du vivant.
Sur le plan politique,
Felwine Sarr invite à dépasser la simple reproduction de modèles
institutionnels extérieurs. Il encourage une réinvention du politique à partir
des réalités africaines, en valorisant notamment des mécanismes endogènes comme
la palabre, conçue comme un espace de dialogue, de gestion des désaccords et de
construction collective.
L’action laboratoire comme méthode de transformation
Face aux défis
contemporains, Felwine Sarr privilégie l’idée d’« action laboratoire ». Cette
approche repose sur l’expérimentation, l’adaptation et l’apprentissage
progressif. Elle reconnaît que les sociétés ne peuvent être entièrement
programmées et que l’action collective doit intégrer l’incertitude.
Cette démarche repose
sur une pensée en mouvement, capable de confronter les idées au réel et de
considérer les erreurs comme des étapes dans le processus de construction.
La
figure du forgeron comme symbole
Pour conclure son
intervention, Felwine Sarr a convoqué la figure de Mamalang le forgeron. Ancien
lutteur devenu artisan, ce personnage incarne selon lui la capacité à passer de
la contemplation à l’action. À travers cette image, l’intellectuel rappelle que
l’émancipation africaine ne peut venir d’une simple admiration des réussites
extérieures, mais d’un travail patient de création et de transformation.
À l'Ifan, Felwine Sarr a ainsi livré un plaidoyer
pour une Afrique qui assume sa capacité à forger son propre destin, en faisant
de la liberté une œuvre permanente à construire.
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