Les chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) pour le premier trimestre 2026 viennent d'être publiés, et ils dessinent un paysage social en clair-obscur. Si le moteur de l’activité semble vrombir, il peine visiblement à entraîner l’ensemble des Sénégalais vers une stabilité économique réelle.
Au premier regard, les indicateurs d'activité affichent une mine radieuse : 56,5 % de la population en âge de travailler participe désormais au marché du travail, une progression de 0,5 point en un an. Pourtant, cette vitalité apparente se heurte à une réalité plus terne dès que l’on observe le taux d’emploi, qui s'effrite légèrement pour s'établir à 40,2 %. En somme, les Sénégalais sont plus nombreux à chercher leur place, mais les opportunités réelles, elles, stagnent.
Le grand écart statistique
C’est sur le terrain du chômage que le contraste est le plus saisissant. Si l’on s’en tient à la définition stricte du BIT, le taux de chômage plafonne à un rassurant 5,1 %. Toutefois, ce chiffre ignore une partie de la réalité nationale: celle des découragés. En adoptant une vision élargie, le taux de chômage bondit à 22,9 %, marquant une hausse inquiétante de 1,2 point par rapport à l'année précédente. Ce fardeau est loin d'être équitable. Il frappe de plein fouet les femmes (35,8 %) et le monde rural (32,0 %).
Plus alarmant encore, le profil des jeunes de 15 à 24 ans révèle une fracture profonde. Aujourd'hui, 34,1 % de ces jeunes sont des « NEET ». Ils ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. En zone rurale, ce chiffre frôle l’insoutenable avec 47,4 % de jeunes laissés sur le bord du chemin. Cette exclusion croissante (+0,6 point sur un an) constitue le défi majeur de cette année 2026.
Une timide mutation vers le salariat
Tout n'est cependant pas sombre. On observe une lente mutation structurelle. L’emploi salarié gagne du terrain, représentant désormais 43,5 % du total des emplois. Ce mouvement est particulièrement porté par les jeunes de 15 à 34 ans, dont plus de la moitié (53,2 %) sont désormais salariés. Mais cette modernisation reste sélective. Elle profite principalement aux citadins et aux hommes, laissant les femmes majoritairement confinées au travail indépendant (62,8 %).
En conclusion, l'enquête de l'ANSD nous livre le portrait d'un Sénégal qui s’active mais qui s’essouffle. Le regain d’activité, bien réel, s'accompagne paradoxalement d'une hausse du chômage et d'une précarité accrue pour les jeunes et les ruraux. La croissance est là, certes, mais elle doit encore trouver le chemin de l'inclusion pour ne laisser personne derrière.
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