samedi 25 juillet 2026
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Reportage

Sur les traces des dépanneurs de voitures embourbées dans les voiries dakaroises impraticables

Sur les traces des dépanneurs de voitures embourbées dans les voiries dakaroises impraticables
Source: CESTI INFO
Dans certains quartiers de Dakar, la dégradation avancée de la voirie ne fait pas que des mécontents. Derrière les blocs de poussière et les nids-de-poule improvisés, toute une chaîne économique informelle s’est silencieusement mise en place.

Un fracas métallique déchire le vrombissement continu du trafic urbain de la capitale sénégalaise. La suspension grince, la tôle souffre et les pneus s’écrasent dans une balafre de bitume mal refermée. Sur les axes secondaires comme sur les grandes artères, la scène se répète à un rythme frénétique et transforme chaque trajet quotidien en un périlleux parcours parsemé d’obstacles.

Mais là où la plupart des usagers ne voient qu’un cauchemar urbain et une source d’exaspération permanente, une armée de débrouillards y a décelé une aubaine inespérée. L’asphalte défoncé est devenu le terreau fertile d’un commerce florissant pour certains.

C’est l’exemple patent des Parcelles assainies où le spectacle est quotidien : les voitures ralentissent, zigzaguent, puis s’affaissent bruyamment dans une ornière de plusieurs centimètres de profondeur.

Avant même que les automobilistes ne sortent de leurs véhicules enfoncés dans un creux, le jeune Moussa Barry est déjà sur place, cric à la main. Installé à moins de cinq mètres du piège d’asphalte, ce robuste vulcanisateur ne doit rien au hasard.

Sa position hautement stratégique lui assure une trentaine de clients par jour. La casse des uns fait le chiffre d’affaires des autres. Ses poches se remplissent d’argents, dit-il, grâce à l’extraction des pneus déchirés, des jantes tordues par l’impact direct contre les bordures de béton.

Sur cet axe routier complètement défiguré par les allers-retours des automobilistes et des appareils hippomobiles, les trous se multiplient et se transforment en un comptoir commercial à ciel ouvert où la détresse des usagers finance l’ingéniosité des riverains.

Un peu plus loin, au pont de Cambérène, la mécanique du profit informel prend une autre forme. Pelle minutieusement accrochée au poing, les mains maculées de terre rouge, une dizaine de jeunes garçons comblent à la hâte les crevasses avec des gravois de chantiers non achevés.

Ils guident un à un les véhicules, bloquent souvent les passages pour réguler le trafic et tendent la main pour de possibles services à rendre. C’est ainsi que les pièces de 100 ou 200 francs Cfa tombent à bout de champ des portières. Ce péage de fortune génère des revenus quotidiens non négligeables pour ces chômeurs accostant aux coins de chaque quartier.

Ils créent également une dépendance paradoxale sur le circuit du trafic. « C’est peut-être bizarre pour certains de nous voir déambuler sans cesse de ruelle en ruelle pour effectuer ces boulots que beaucoup qualifie d’insignifiants. Mais nous remercions le bon Dieu, car nous gagnons nos vies dignement en réglant des problèmes que l’Etat même pouvait régler rapidement », confesse Abdoulaye Ndiaye.

Des millions d’impôts indirects pour les ménages

À la marge de ces acteurs directs, le secteur de la livraison de produits paye aussi un lourd tribut. Ousmane Ndiaye, livreur à moto sur son « tiak-tiak », slalome entre les mares d’eau et croupie avec une précaution de funambule pour éviter ces dernières.

Pour lui, la crevasse dissimulée et les flaques d’eau improvisées est synonyme de chute, de marchandises endommagées et de journées de travail perdues. Pour compenser ces risques mécaniques majeurs, il a augmenté ses tarifs journaliers de 500 francs Cfa sur les trajets desservant les zones enclavées, renseigne-t-il.

Le long des trottoirs, les boutiques de pièces détachées d’occasion ne désemplissent pas non plus sur les lieux bondés de monde. Les gérants trouvés avouent sans détour enregistrer leurs meilleurs chiffres de vente durant l’hivernage, des chiffres obtenus par une demande exponentielle de triangles de suspension et de cardans, informe un boutiquier.

Cette économie de la débrouille a pourtant un coût financier exorbitant que les usagers paient au prix fort. Chauffeur de taxi depuis une décennie, Amadou Bâ fait ses comptes. Ses charges d’entretien ont bondi de 40 % à l’approche de l’hivernage.

Amortisseurs, rotules de direction, silentblocs : ces pièces de suspension ne tiennent plus. Ce surcoût d’exploitation se répercute directement sur les usagers avec des courses dont le prix a grimpé de 300 à 500 francs Cfa pour la traversée des zones dégradées. La facture s’alourdit à tous les étages de la chaîne de transport.

Gérant d’un magasin de tissus à Khar Yalla, Assane Fall contemple ses étagères recouvertes d’une fine pellicule rouge bordeaux. Sur les différentes voies de ce quartier mythique, les voitures évitent constamment les trous et montent sur les accotements en soulevant des nuages de poussière ou en projetant de l’eau boueuse et fétide sur ses vitrines.

« Auparavant, les clients venaient en nombre sur les lieux pour faire quelques achats. Cela rendait le marché effervescent et faisait nos affaires mais maintenant avec l’impraticabilité des routes, ils limitent au minimum possible leur déplacements », entonne A. Fall, grise mine.

Des voiries… et encore des trous

Face à ce phénomène qui pèse lourdement sur les charges globales de la presqu’île, l’économiste Mamadou Ndiaye pense qu’il est nécessaire et urgent de repenser le système de la base au sommet. « Aujourd’hui, nous assistons à un transfert d’argent depuis les ménages vers le secteur informel de la réparation. L’usure précoce du parc automobile national représente des pertes directes de plusieurs milliards de francs Cfa par an avec les coûts juteux des importations de pièces détachées et autres matériels de construction. C’est un frein invisible mais majeur à la productivité urbaine », analyse le chercheur en dynamiques urbaines.



Sur le plan technique, la persistance de ces dégradations pose la question de la qualité des matériaux et des méthodes de réhabilitation employées par les collectivités locales. Les réparations sommaires réalisées à la va-vite avant chaque saison des pluies ne résistent pas à l’eau ni au trafic lourd.

« Le problème majeur de nos routes à Dakar n’est pas seulement l’enrobé bitumineux, c’est l’eau. En réalité, avec l’absence de canalisations d’évacuation fonctionnelles, l’eau stagne, s’infiltre sous la chaussée et décolle le bitume. C’est ce qui cause les inondations de nombreuses voiries à Dakar et plus loin des creux », soutient Babacar Fall, ingénieur en génie civil.



Aujourd’hui, tant que les trous continueront d’être bouchés sans régler le drainage et le curage des eaux, ces micro-économies de bord de route continueront de prospérer sur les ruines des infrastructures, renchérit le spécialiste des infrastructures routières. En attendant la concrétisation de ces chantiers, la crevasse reste le gagne-pain le plus fiable pour toute une frange de la population Dakar.

Mots-clés :
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Mamadou Elhadji LY

Mamadou Elhadji LY

Presse Ecrite

Je suis Mamadou Elhadji LY. Journaliste en 3ème année de formation au CESTI, je m’intéresse à beaucoup de domaines de l’actualité dans le monde, en Afrique et le Sénégal. Je suis passionné des sujets en rapport avec la culture et l'économie.

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