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FACE AU REGIME DU DUO DIOMAYE/SONKO : L’opposition en quête de leadership affirmé

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   Le régime du duo Diomaye/Sonko, bientôt un an au pouvoir, fait face à une opposition en quête de repères. Entre une Assemblée nationale en demi-teinte, un front social plus bruyant que les partis politiques et des leaders en manque de charisme, l’opposition semble éclatée et amorphe. Sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), étudiants et jeunes analystes livrent leurs réflexions sur un paysage politique en pleine mutation.

  Le campus social de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) bruisse d’une effervescence particulière en cette fin de matinée. Dans les couloirs encombrés des pavillons, entre les effluves de café instantané et l’écho des conversations enflammées, deux étudiants en journalisme au Centre d'Études des Sciences et Techniques de l'Information (Cesti) nous ouvrent les portes de leur univers. Derrière la porte légèrement grinçante de leur chambre exiguë, un décor typique du campus se dévoile : des livres entassés sur une petite table, des matelas superposés, et les fenêtres ouvertes pour aérer l’espace. Assis sur une chaise, Silaye Biaye, vêtu d’un pantalon légèrement retroussé et d’un tee-shirt ample, ajuste sa barbe naissante avant de se lancer dans une analyse aussi pointue que prudente. « Depuis le 2 avril, investiture du Président de la République Bassirou Diomaye Faye, il faut reconnaître que l’opposition est quasi inexistante dans le paysage politique », lâche-t-il en croisant les bras.

  Il marque une pause, fixant un point invisible au plafond, avant de reprendre : « Bien sûr, il y a des contestations, mais elles sont sporadiques et souvent portées par des acteurs isolés. L’état de grâce a été très court, et les critiques ont rapidement émergé. Mais elles manquent de consistance. » Silaye revient notamment sur le rôle de certaines figures politiques qui ont tenté de structurer une opposition. « Bougane Guèye Dany a essayé d’incarner une opposition frontale au début du mandat, mais aujourd’hui, il est plus en retrait. Ensuite, il y a eu quelques tentatives avec des coalitions comme Samm sa kaddu, mais tout cela reste fragmenté », soutient le philosophe de formation.

  Le jeune étudiant en journalisme insiste sur la nécessité de repenser la posture de l’opposition. « Si l’on veut être efficace, il faut suivre la logique de Pastef lorsqu’il était dans l’opposition : critiquer et proposer. L’opposition doit être constructive et basée sur des propositions alternatives viables. Les attaques stériles ne mènent à rien », affirme-t-il.

  D’un geste las, il s’étire les bras et soupire : « Regarde l’Assemblée nationale, même là, on sent que les interventions de l’opposition manquent de profondeur. Lors de la dernière sortie du Premier ministre, il n’y a eu que très peu de répliques de fond. L’opposition peine à s’imposer. » De son côté, Babacar Diouf, étudiant en journalisme et diplômé de science politique, adopte une posture réfléchie et posée. Grand, à la silhouette sèche, le regard perçant, il se tient adossé à la fenêtre entrouverte, laissant entrer une brise légère qui fait danser les rideaux défraîchis. Il hoche lentement la tête avant de poser son constat. « Il y a bien une opposition, mais elle est très fragile. La dernière présidentielle a laissé des séquelles, et l’opposition peine à se relever après ce que j’appelle « le naufrage des législatives ». Les leaders actuels semblent dépassés et peu en phase avec les attentes des citoyens », analyse-t-il avec un ton sûr preuve de sa maitrise de la chose politique.

  Selon lui, l’opposition actuelle doit impérativement élever le niveau du débat pour exister. « Il faut un débat technique, basé sur une solide argumentation. L’opposition se doit d’être plus regardante. Elle doit identifier les failles, et proposer une véritable alternative. Le chômage des jeunes, les licenciements massifs, et la flambée des prix des denrées alimentaires sont des points cruciaux à exploiter », insiste-t-il.

Il marque un temps d’arrêt, contemplant depuis la fenêtre les rues animées du campus, puis poursuit : « S’opposer au tandem Diomaye/Sonko demande de la vigilance et de la patience. Ils ont été élus d’une manière inédite dans l’histoire politique du Sénégal. Toute opposition sérieuse doit proposer une nouvelle offre politique, au lieu de sombrer dans des querelles stériles. »

                            Absence de leader charismatique

Sous les arbres du Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (Cesti), un léger vent balaye la cour où se rassemblent des étudiants, le regard rivé sur l’actualité politique. Parmi eux, Ousseynou Niang, étudiant en journalisme et diplômé en études politiques et stratégiques, lunettes de correcteur sur le nez, partage son analyse sur l’opposition sénégalaise. « Il existe bien une opposition, mais elle est en léthargie », confie-t-il, le ton mesuré. Assis sur un banc en fer, il feuillette son carnet de notes, témoin de ses réflexions sur la scène politique. « Le duo Diomaye/Sonko a pour le moment le vent en poupe. Les Sénégalais leur accordent un état de grâce », poursuit-il en ajustant ses lunettes.

  Le campus bruisse des discussions sur l’avenir du pays. Dans ce décor studieux où résonnent les échos du journalisme, les débats vont bon train. « Les partis classiques ont été assommés par les deux dernières élections », note Ousseynou d’une voix calme, mais assurée. « Aujourd’hui, on voit un équilibrage des forces. Aucune figure ne s’impose vraiment, il y a une absence de leader charismatique. Sinon seul Thierno Alassane Sall essaie vaille que vaille de s’affirmer », argue le politiste de formation. Il insiste en outre sur l’urgence d’un renouveau stratégique : « L’opposition doit être une force de proposition et de contribution. Si elle se limite à la critique sans structurer un nouveau discours, elle restera faible. » Il met l’accent aussi sur un autre facteur déterminant : « la montée des revendications sociales. » Selon lui, ce sont les syndicats, les travailleurs licenciés et même les médias qui incarnent aujourd’hui l’opposition réelle ». « La hausse du coût de la vie devient un enjeu majeur, une véritable bombe à retardement pour le gouvernement. La baisse des prix annoncée par Sonko n’a pas eu l’impact escompté. Les ménages peinent toujours à boucler les fins de mois », analyse-t-il.

  Dans un café de la faculté de Droit, un groupe d’étudiants commente les dernières sorties des leaders politiques. L’un d’eux, Meissa étudiant en droit public, évoque Thierno Alassane Sall, ancien ministre devenu une figure montante de l’opposition. « On ne s’attendait pas à ce qu’il prenne cette posture, mais il mène la bataille contre le régime actuel. Il comble un vide laissé par d’autres », estime le juriste en formation sirotant son café.

                                 Une opposition en balbutiement

Pour sa part, André Bendia, un autre étudiant au département de science politique, exprime son point de vue avec aisance. « Oui, il existe une opposition, mais elle est fragile et peine à se réinventer. La déroute aux législatives a assommé les partis traditionnels. Aujourd’hui, ils se battent pour exister », explique-t-il. Selon lui, l’arrivée du parti Pastef au pouvoir impose aux opposants une révision de leurs méthodes : « Ils doivent abandonner les attaques stériles et proposer un véritable projet alternatif. L’opposition doit fouiller dans les arcanes du régime, exploiter ses erreurs et structurer un débat technique. »

Tous s’accordent sur un point : les prochaines élections municipales seront un tournant pour l’opposition. « C’est une occasion en or pour ceux qui veulent s’affirmer », note Babacar Diouf. Selon lui, le succès ou l’échec de l’opposition dépendra de sa capacité à formuler une offre politique cohérente et à répondre aux préoccupations des citoyens.

En attendant, la situation économique ne laisse personne indifférent. Les chiffres inquiétants de la Cour des Comptes sur les finances publiques et la réticence des investisseurs alimentent les discussions. « L’opposition doit exploiter ces failles, mais de manière intelligente. Elle ne doit pas tomber dans les polémiques stériles », avertit Silaye Biaye avant de s’éclipser dans un coin de sa chambre.

Dans cet environnement bouillonnant, un constat s’impose : l’opposition sénégalaise est à la croisée des chemins. Soit elle se réinvente avec un discours structuré et une posture responsable, soit elle continuera de subir l’hégémonie politique du duo Diomaye/Sonko.

Le compte à rebours est lancé.

Tafsir Khaly Sarr

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Hello ! Je suis étudiant en L3 journalisme au CESTI, option Presse écrite. Je suis passionné de sujets relatifs à la politique et aux médias.

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